Pour mes enfants

 

 

 

 

Léna, une rencontre      par  Claude COLSON

   
Un soir d'octobre, rentrant chez lui par le train, il l’entendit et  dut la regarder.

Il n'était pas remis d'une rupture qui s'était éternisée, dix mois plus tôt, et avait fini par le laisser déboussolé et meurtri. Les antidépresseurs lui permettaient de tenir.

Ce soir là, lisant, il prêtait une oreille distraite au babil des deux dames qui le côtoyaient dans le compartiment. Il se souvint avoir déjà vu la femme aux cheveux châtains qui lui faisait face, probablement sur le quai où chaque jour il prenait son train. Il avait alors juste remarqué une taille élancée et une certaine recherche dans 1 'habillement qui immédiatement l'avaient fait se sentir incapable d'intéresser une telle personne. Trop bien pour lui. Un vieux réflexe.

Il ne put néanmoins s'empêcher de sourire visiblement à certaines des remarques des deux voyageuses qui de toute évidence se savaient écoutées. Lorsqu'il la revit sur le quai quelques jours plus tard, il lui demanda la permission de voyager avec elle. Elle accepta mais comme elle faisait depuis longtemps ce trajet qui la menait au travail avec quelques connaissances, elle le fit pénétrer dans ce groupe hétéroclite. Bientôt ils voyagèrent ainsi, à plusieurs, matin et soir.

. Très vite il eut envie de la voir seule et il l'invita à déjeuner, peu sûr de son acceptation. Contre ses prévisions ce fut oui. « En tout bien, tout honneur» dit-elle, précisant encore« à charge de revanche ».
Elle le vouvoyait et l'appelait Jean-Yves et il trouvait cette distance délicieuse.
Comme elle n'aimait pas son propre prénom, désuet, il la nomma Léna.

2

Léna était mariée. Peu à peu elle avoua à Jean-Yves que cette union était devenue insipide et formelle depuis plus de 10 ans déjà. Elle prenait plaisir à rencontrer son nouvel ami, même s'il ne pouvaient s'isoler, et encore, seulement pour discuter, que très épisodiquement.
Lui, éternel rêveur, s'éprit vite mais superficiellement de cette incarnation d'un mystère qu'il chérissait, la féminité. Depuis quelques années il avait pris goût à l'écriture, qui exaltait ses sensations et il remit bientôt à Léna des sortes de poèmes qu'elle devait conserver cachés. Déjà ils partageaient un secret. Son intention n'était pas d'impressionner cette femme en jouant d'une intellectualité facile ; l'écriture était plutôt pour lui une façon de vivre plus intensément.
Complices, ils s'enivraient chaque jour dans le train de leurs jambes qui se frôlaient et se cherchaient.

Léna était malgré son infortune conjugale dune fidélité parfaite et elle livrait bataille contre elle-même, gratifiant souvent Jean-Yves d'un« arrêtez! » qui l'incitait à tout, sauf précisément à lui obéir. Bien vite elle lui abandonna sa main et tous deux se contentèrent longtemps de ces attouchements furtifs. Elle lui remit aussi de menus objets qui lui appartenaient, un stylo pour qu'il lui écrive les poèmes, un grigri africain censé le protéger. Il fut également très touché de son premier cadeau, matériellement insignifiant, deux tickets de loterie à gratter. Ils étaient à l'effigie de leurs deux signes astraux.

Leur attirance était celle d'adolescents, mais toutes ne débutent-elles pas ainsi?

3

Jean-Yves était encore marié mais il vivait les derniers temps d'une union qui se désagrégeait et qui moins de deux ans plus tard allaient l'amener au divorce.

Pour Noël il réussit à détourner un peu de temps et il emmena Léna dans un restaurant chic où comme une enfant elle se réjouit du père Noël qui faisait couleur locale, à ceci près que c'était cette fois une mère Noël. Ce fut là qu'elle lui donna un premier baiser fougueux et il aima beaucoup le fait que malgré sa plus grande expérience ce fut elle qui le pénétra la première.
 Ils passèrent le reste de l'après-midi à s'embrasser, insatiables, sous des porches d'où ils se firent même chasser et s'éloignèrent en riant.

Leurs cœurs commençaient à s'éprendre, la passion s'installait, alimentée par les conditions difficiles de sa réalisation.

4

Quelque temps plus tôt, comme Léna achetait avec Jean-Yves un cadeau de Noël, il devina que c'était pour son mari et il fut envahi de jalousie pour cet homme qu'elle n'aimait plus et qui pourtant avait le droit de la côtoyer.

Des absences familiales leurs furent alors mutuellement imposées et renforcèrent le manque. Durant cette période Jean-Yves était furieux car il n'arrivait pas à reconstituer l'image mentale de Léna. Seule lui restait la mémoire de sa silhouette. Au retour cependant il dut constater que leurs corps étaient impatients d'à nouveau se toucher et s'enlacer. Alors ils oubliaient tout, les contraintes, la discrétion imposée et seule restait, prédominante, omniprésente, la joie.

Un jour de janvier pourtant, Léna et Jean-Yves, qui à présent déjeunaient ensemble chaque midi ouvré de la semaine, purent profiter de l'intimité d'une chambre d'hôtel qu'elle avait dû prendre pour nécessité professionnelle. Enfin le bonheur de s'embrasser sans se cacher et bien vite ils furent nus dans les bras l'un de l'autre. Jean-Yves se souvient de la rougeur de Léna qui pour la première fois «trompait» son mari. Du reste elle fit ce jour là un compromis avec elle-même et permit à Jean-Yves tout sauf de la pénétrer de son sexe. Ainsi pensait-elle ne pas tromper vraiment. Lui eut un mot malheureux juste avant qu'ils ne se quittent en évoquant- fût-ce par une comparaison au bénéfice de Léna - sa liaison précédente.

Celui de Jean – Yves fut plus réaliste que celui de Léna, qu’il lui fit avouer bien plus tard : il avait déjà été meurtri par la vie ; elle croyait encore à l’amour.

Bientôt ce furent les vacances d'été et Jean-Yves partit en famille pour quelques semaines . Il se souvient encore de la colère de Léna lorsqu'ils se dirent au revoir. Malgré sa propre peine il y vit la preuve d'un attachement. A l'époque elle paraissait d'ailleurs plus attachée que lui. Il avait une plus grande expérience, était aussi plus diplômé et cela le confortait dans un sentiment d'invulnérabilité. Comment Léna pourrait-elle se détacher de lui, elle à qui il apportait le plaisir, l'aventure et même la poésie qu'elle lui inspirait. Il la retrouva avec plaisir et d'abord celui du corps qui avait été frustré par leur séparation.

Puis ce fut elle qui accompagna son mari à l'étranger. Deux ou trois semaines. C'est à cette époque, un an après le début de leur liaison, qu'il réalisa son attachement pour elle, même s'il souffrait encore de la trahison infligée par sa maîtresse précédente, ce dont elle n'ignorait rien. Léna souffrait aussi: elle s'était persuadée ne jamais pouvoir égaler cet ancien grand amour. Plusieurs fois elle le lui écrivit. Il n'y prit garde, s'arrêtant à l'amour qui transpirait de ces écrits pourtant parfois désespérés. Il apportait de molles dénégations. Il se dirigeait parallèlement et lentement vers le divorce qui, croyait-il, devait à terme le libérer.

 

6  Le mari de Léna s'absentait toute la semaine pour raisons professionnelles et ne rentrait que les week-ends. Jean-Yves voyait se profiler pour Léna et lui des jours meilleurs, un surcroît de liberté. Ils se connaissaient depuis seize mois et il pensait qu'entre eux tout allait de mieux en mieux. Il imputait les moments d'assombrissement de Léna à son inexpérience de la situation qu'elle vivait. Les fins de semaine, ces périodes où elle lui était enlevée, la rage le tenaillait et souvent il passait en voiture devant chez elle, prenant soin d'alterner ses deux véhicules afin de moins risquer d'être repéré par le mari ou le voisinage. Il arrivait qu'alors ils s'apercevaient et ils jouissaient tous deux du bonheur fugace des « illégitimes ».

Un dimanche après-midi, comme il passait ainsi devant sa maison, il vit les volets fermés. Certes elle lui avait dit que le samedi son mari et elle devaient sortir, mais leur absence le lendemain était tout à fait inhabituelle. Ceci suffit à nourrir chez lui un violent accès de jalousie. Pourquoi ne lui avait-elle pas dit qu'ils pourraient ne pas rentrer? Trois fois ce jour là il rôda dans son quartier. La maison restait close.

Ce n'est que le lendemain matin qu'il apprit par une amie commune le décès brutal du mari de Léna. Jamais il n'avait souhaité la mort de ce rival qui ignorait l'être, même si, les derniers temps ce dernier commençait à nourrir des doutes.

Ensuite ce fut le silence radio. Neuf jours durant. Mort d'inquiétude il envisageait le pire : Léna qui depuis le début était culpabilisée allait sous le choc mettre un terme à leur liaison. Il se croyait sur le point de la perdre.

Ces pensées ne lui laissaient aucun répit et c’est avec un immense soulagement qu’il réentendit sa voix au téléphone le neuvième jour. Au bureau. Elle l’avait appelé mais était usée, méconnaissable. Il fut envahi d’une immense commisération pour celle qu’il devait maintenant  s’avouer aimer.
Trois jours plus tard ils convinrent d'un "rendez-vous" pour un passage en voiture devant chez elle et, le coeur battant, il aperçut la pauvre silhouette de noir vêtue qui lui fit signe discrètement. Léna avait perdu quinze kilos.

 

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Jean-Yves partit ensuite pour quelque temps en vacances et au retour il passa directement prendre Léna à sa sortie du travail. Son émotion encore devant ce corps chéri, meurtri par l'épreuve. Mais il la retrouvait aimante et aussi, trois semaines après cette mort soudaine, ils connaissaient à nouveau l'attirance fulgurante des corps que seul le contact apaisait.

Très vite ils reprirent leurs habitudes: l'hôtel de passe, les déjeuners et trajets communs. Cela dura un mois, comme si la vie avait repris son cours ordinaire, « normal ».

Jean- Yves, toujours marié, se disait qu'ils ne pouvaient se contenter de si peu et il échafauda un plan pour qu'ils puissent prendre ensemble quelques jours de vacances qui auraient été les premiers. Cependant de lui même il y renonça par égard pour l’entourage de la jeune veuve et pour le qu’en-dira-t-on, par amour en quelque sorte. Suprême ironie, elle crut qu'il ne l'aimait pas assez pour partir avec elle. Lui se disait qu'attendant cette liberté depuis un an et demi, il pouvait bien attendre encore un peu.

8

Lors des obsèques de son mari, Léna avait retrouvé un copain d'enfance, très lointain cousin, perdu de vue depuis plus de trente ans, Pierre. Bien sûr pas plus à lui qu'à quiconque elle n'avait soufflé mot de l’existence de Jean-Yves

. Du reste lors de la cérémonie elle était dans un tel état de choc qu'elle l'avait à peine remarqué. Quelques semaines après il se manifesta à nouveau au téléphone et bientôt ses appels se firent très fréquents. Il sortait d'une rupture.

Un mois après la reprise de la relation entre Jean-Yves et Léna, Pierre lui rendit visite et elle prévint son amant qu'elle devait déjeuner avec ce lointain parent. Le soir Jean-Yves trouva Léna excitée par l'évocation avec Pierre de ses souvenirs d'enfance. Il la taquina sur ces retrouvailles et elle s'insurgeait, se déclarant comblée par son amant, n'ayant besoin de rien d'autre que d'un copain. Le lien familial, même ténu, était pour Jean-Yves rassurant..

Le lendemain, à l'hôtel avec lui, elle prit curieusement l'initiative de tous les ébats, le condamnant même à la passivité, ce qui n'était pas dans leurs habitudes. Toujours taquin Jean-yves lui demanda s'il s'agissait d’un cadeau d'adieu. Fâchée elle répondit qu'il avait l'art de tout gâcher. Deux jours encore ils déjeunèrent ensemble et le troisième elle déclara avoir un repas de travail. C'était le premier et pauvre mensonge car Pierre, en fait, était revenu. Le soir Jean-Yves vit Léna désemparée et très pessimiste. C'était la veille d'un week-end où elle ne le rejoignit pas et dès le lundi elle mit fin au mensonge en lui annonçant la rupture, décidée le soir du deuxième déjeuner avec Pierre, trois jours après leur dernière étreinte.

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Ce fut pour Jean-Yves un choc inouÏ. Son journal en témoigne. La souffrance violente dura deux ans. Au moment de la séparation ses sentiments se transformaient en passion après être passés par l'amour qui avait lui même succédé à la simple attirance du début. Ils suivaient un chemin à rebours des schémas coutumiers.

Aujourd'hui" quatre ans après, il reste, sans doute pour longtemps encore, marqué par ce qui le fit douter de la seule chose au monde à laquelle il croyait, l'amour.

Nous avons vu que le jour du malheur fut précédé d'un week-end où Jean­-Yves se posa bien des questions et entrevit ce qui allait survenir. En apprenant la rupture il réagit d'une manière qui stupéfia Léna : immédiatement et malgré sa douleur il la comprit et, au nom de la passion, qui légitime tout, lui pardonna, se référant à la valeur qui pour lui était absolue. C'était sa façon de l'aimer. Elle comprendrait peut-être un jour l'infinie supériorité de l'amour (altruiste) sur la passion (égoïste). Elle découvrait sur le tard les surprises de cette dernière et dit devoir lui céder.

Lui qui connaissait ce sentiment ne reprocha rien. Elle disait avoir cru l'aimer, s'être trompée. Désemparée elle lui demandait pardon. Dans un effort sur lui il résolut de l'aider mais bientôt, de colère, il décida de ne plus la voir. Quatre jours, le cinquième il céda, elle aussi avait envie de le revoir. Il put constater combien elle tenait encore à lui; elle était déchirée entre sa nouvelle passion et le souvenir des dix-huit mois qu'ils venaient de vivre. Leurs mains se prenaient sans cesse; simplement par droiture elle ne voulait plus qu'ils s'embrassent malgré le désir mutuel. Quand furieux il demanda « et ton amour pour moi, qu'est-il devenu en une semaine? », elle rétorqua peu fière et désorientée « il est toujours là ». Il l'avait toujours jugée simple et droite et l'avait aimée pour cela.

Il continua quelques semaines à faire les trajets en train avec elle pour l'épauler, en grand frère, pour l'aider à assumer tout ce qui était ainsi nouveau pour elle. Elle disait ne pouvoir vivre sans le voir, lui parler, lui qui avait été pour elle un si bon professeur.

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En même temps il s'enfonçait dans la dépression; ce qu'il s'imposait pour elle était au dessus de ses forces. Il se força à ne plus la voir. Ce fut le moment où elle partit huit jours en vacances avec Pierre en utilisant le plan que Jean-Yves avait imaginé pour eux deux.

Dès le premier soir elle céda à Pierre, contrairement à ses propres hésitations qu'elle avait confiées à Jean-Yves, et deux semaines après leur dernière étreinte; ce fut même elle qui le rejoignit le nouveau futur amant dans sa chambre. Le même soir, Jean- Yves qui redoutait de scénario avait, lui le mécréant, demandé le secours de Dieu.

Quand elle lui confirma les faits, il laissa sa colère éclater. Pierre, lui, venait d'apprendre son existence et eut ce mot: «je suis venu foutre ma merde».

Bizarrement et sans se connaître les deux hommes éprouvaient une sorte de respect mutuel et Jean-Yves alla même jusqu'à lui écrire pour lui remettre Léna, «quelqu'un de bien qui méritait d'être heureux ». En fait il la lui avait déjà prise. 

11

De loin en loin Léna et Jean-Yves se téléphonaient. Elle s'inquiétait de sa santé morale et physique. Lui, complètement perdu, alternait les moments de générosité et de fureur. Il cultivait le souvenir du sens, songeait sans cesse par exemple à ses ongles qu'elle vernissait chaque jour d'une couleur différente, assortie à son vêtement; il revoyait les gants de laine qu'elle portait l'hiver et qui s'agitaient au bout de ses mains agiles comme de petits écureuils.

Chaque trajet quotidien en train lui remémorait le passé. Quand peu auparavant ils voyait le fleuve, il s'interrompait soudain pour attirer son attention d'un «regarde, la rivière». A cet endroit elle faisait un méandre harmonieux et était devenue le témoin muet et le symbole de leur amour.

Il retourna même sur les lieux où pour la dernière fois il l'avait fait jouir. Au moment de l'orgasme elle s'était écriée « regarde moi ! ».

Il frisa la folie et tenta de se guérir en partant loin, à l'étranger. En vain. Il s'accrochait à son journal intime, dernier témoin d'une vie à présent passée. Léna vivait, elle, sa passion avec Pierre. Trois mois ne s'étaient pas écoulés depuis le décès qu'elle le présentait déjà à sa famille. Jean-yves qui avait dû un an et demi durant se contenter de la clandestinité enrageait.

A son retour de vacances ses sentiments pour elle changèrent. Il reprit le pardon qu'il lui avait accordé et il maudit le bonheur de ceux qui lui avaient volé le sien. Il en voulait bizarrement surtout à Pierre. Il ne pouvait détester et aimer Léna simultanément. Il l'informa de la malédiction qu'il prononçait sur eux     et reçut cette fois une lettre peu amène de Pierre, chargée de menaces. Il l'ignora, tout comme le personnage.

12

Six mois après leur séparation, paumé, il se jeta dans les bras de la première qu'il rencontra et comble d'ironie, c'était une amie dont Léna n'avait cessé de lui parler, sans toutefois la lui présenter. Léna l'apprit des semaines plus tard et elle avoua en concevoir de la jalousie et s'estimer trahie. Ca c'était le plus fort !

Jean-Yves ne croyait plus en grand-chose et écrivit dans son journal que l'amour était simplement « quelque chose qui pouvait s'arrêter du jour au lendemain ». Il n'admettait pas d'avoir été largué en trois jours, en plein amour, après dix-huit mois d'une liaison où l'amour était partagé et sans heurt. A présent Pierre était à ses yeux le voleur. Il ne chercha cependant pas à prendre contact ni à le voir, préférant le nier.

Un bref moment il résolut de reconquérir Léna, puis devant le vide, l'absence de nouvelles, il désespérait à nouveau. Ses amis prirent peur, essayaient de l'aider, pouvaient peu. 

13   Léna et lui s'aperçurent alors très épisodiquement et un jour, au bout d'un an, dans le train ce fut elle qui lui montra la rivière. Une autre fois il lui fit une scène et alors qu'elle exprimait son souhait qu'il ne l'ignore pas et qu'ils restent amis, il la planta là.

Encore six mois s'écoulèrent et ils convinrent de déjeuner ensemble. Jean­-Yves lui avoua alors qu'il l'aimait encore. Même si elle reconnut que cela lui faisait plaisir et même s'il lui vola un baiser, elle exprima sa volonté de rester avec Pierre. Il crut pouvoir encore la faire douter. Elle ne demandait d'ailleurs qu'à le revoir à l'insu de son compagnon, en  amis, disait-elle. Il refusa d'être rétrogradé.

Plus tard elle l'aperçut du quai ; lui était dans le train ; elle le gratifia d'un sourire et d'un signe. Involontairement sa main se leva pour répondre au signe mais son visage demeura impassible. Seuls ses yeux avaient rendu le sourire.

Il décida alors que dans son journal il ne parlerait plus d'elle qu'à la troisième personne. Ce fut au prix d'un effort terrible. Il la rejetait ainsi formellement en dehors de la relation du je à tu.

Vingt et un mois après la rupture, elle lui téléphona longuement. Ce devait être son dernier appel. Jean-Yves, tenaillé entre fureur et douceur, termina néanmoins la conversation en souhaitant le malheur de Léna. Elle dit qu'il n'entendrait plus jamais parler d'elle, même si son histoire avec Pierre devait capoter.

 

14

Neuf mois plus tard, n'y tenant plus, il lui envoya un courriel : il se sentait à présent prêt à lui reparler. Elle répondit, la veille du quatrième anniversaire de leur rencontre, qu'elle ne le souhaitait pas. En fin ces mots:« Ne donne plus de nouvelles ».

Leur silence dure aujourd'hui depuis dix-huit mois, la durée même de leur liaison.

On peut zapper les gens, pas la mémoire.

Leur histoire se poursuit peut-être dans la mémoire de chacun. Une histoire d'amour comme une autre.

Deux vies eurent un tronçon commun, voilà tout.

Avril 2005

 

 

II  

Léna, l’amour

 

 

 

 I  Depuis plusieurs semaines j’ai rencontré une dame qui m’attire. Peu à peu je succombe à son charme et elle le sait. Je la trouve belle. Jusqu’à présent elle n’a pas fait grand-chose pour m’encourager, rien non plus ou presque pour me dissuader. Quel tour va prend notre relation ? Je n’ai pas envie de la perdre, je me sens si seul. Je devrais moins montrer mon attirance, elle pourrait en prendre ombrage. Comme je regrette de ne pas posséder la beauté physique. Elle je la trouve jolie et n’ai pu m’empêcher de le lui dire. Je suis si transparent que déjà elle lit en moi. Je devrais la revoir bientôt.

 

 

2  Je suis séduit. Je la sens flattée de l’intérêt que je lui porte et bienveillante. Ajouterais-je, sans plus ? Déjà je lutte pour que mes mains ne partent pas toutes seules vers elle. Elle a compris et reste encore assez circonspecte. Quelle que soit la suite, ces moments sont précieux. Lors de la dernière entrevue je l’ai sentie plus accessible. Elle n’aime pas son prénom ; je crois avoir trouvé celui que je vais lu donner : Véni (qui deviendra vite Léna)

 

3  Une espèce de silence complice s’installe entre Léna et moi. J’ai envie de lu faire plaisir.

 


4  A l’écrit au moins je décide de passer au tu, nous avons un degré d’intimité suffisant. Je n’arrive pas à imaginer tout ton visage et cela m’irrite, seulement ta bouche. Ce tutoiement nouveau ne m’est pas encore familier, il reste un peu étrange. Ce matin la peur m’a passé ; c’était la peur que ta peur ne te détourne de moi. Lue cette maxime de La Roche Foucauld : «  l’absence diminue les médiocres passions et augmente le grandes comme le vent éteint les bougies et allume le feu. »

 

5  Dans la relation véritable, Léna, tu n’aimes pas le mensonge. Encore un point commun qui te rend très chère à mon âme. Tu t’es posé des questions sur le devenir proche. Cela m’a irrité ; je n’ai pas supporté que tu attentes à la magie de l’instant. Ce n’était peut-être que l’expression de ta peur. J’aime tes mots retenus, cette sorte de pudeur. Tu dois aussi penser à  moi en ce moment. Tu cherches des messages dans mes propos allusifs, je n’ai voulu que te rassurer, mais tu sembles faire face bravement.

 

6  L’autre jour après le premier baiser chaste, furtive, ta langue. J’aime l’idée que tu m’as pénétré la première. Et puis à présent la séparation, ta voix lointaine au téléphone. Je la reconnais à peine Et pourtant, impressionnante toujours, ta sérénité.

 

 

7  Tu m’as dit ta pratique matinale de la télépathie. Cela a marché à moitié : émouvante l’idée que toi aussi tu diriges tes pensées. Impressionnant le don de toi que tu effectues dans la plus grande discrétion, presque sans un mot. Et toujours ta tranquillité, ton rire.

 

8  Léna, c ‘est bien sûr à toi que je pense ce matin. Mon ex m’avait dit : « je te prépare pour une autre. » et si cette autre c’était toi ? Ton image est toujours brouillée, cela me navre. Restent quelques souvenirs de ton apparence, un geste de salut. C’est long onze jours ; il y en a encore quatre à passer ? A minuit en ce début de l’an neuf  je tiendrai ma promesse, je penserai à toi.

 

9  Novembre 2000   Il n’y a que le bonheur a-t-on dit qui rende l’écriture inutile. Est-ce vrai. J’ai écrit autrefois dans la souffrance bien sûr mais aussi dans les intermittences du bonheur qui portait tout à son paroxysme. Je n’écris presque plus et c’est encore une souffrance. Il est cependant confortable d’avoir vu, de voir la douleur décroître jusqu’à n’être plus qu’un souvenir. Le prix, si c’est l’écriture, est élevé. Serait-ce chez moi la différence entre la passion et l’amour. Je ne regrette pas la première. La sérénité retrouvée est inestimable, même dans ces circonstances difficiles de nos deux mariages malheureux. Inestimable aussi le sourire de l’amour, le sourire de Léna.

 

 

 

10  Coquine, tu as su te frayer un chemin de l’antichambre vers le salon de mon cœur, probablement par le détour du corps. Et pourtant j’avais formé le vœu de ne pas t’y laisser pénétrer, toi ou quelque autre femme. Aujourd’hui je suis heureux d’avoir ainsi évolué. Je me sens moins résistant, gagné à nouveau par la faiblesse d’aimer…

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

POEMES

 

 

REVE

 

A peine vous voir et m’émouvoir

Fasciné vous observer

Innocemment vous intriguer

Vous faire sourire et,  complice,  en cela vous imiter

Puis votre rire

Et retrouver émerveillé derrière ses accents

La vue d’un visage oublié, un visage d’enfant.

 

 

LENA

 

Léna par hasard sur ma route

Léna vent de déroute

Léna mutine ou bien taquine

Aussi par mon regard      divine

Léna la déraison, Léna de guérison

Léna aux yeux sourires

Instant qui nie l’avenir

Léna boudeuse et contrariée, les soirs parfois fatiguée

Léna envie de consoler et de rêver tendresse

Léna caresse.

 

HEURE DIFFICILE

 

Brûlant

dans ma mémoire

l’image de votre sourire en partie complice incendie mon désir.

 

PLAISIR

 

Découvert et mobile, un cou de cygne

Un pull marin à l’air mutin

Sourire fossettes, œil de malice et bouche carmin

Pour dominer, altier un tantinet, sur un fond grège

Deux écureuils qui vite s’agitent au bout de vos mains, s’alliant au gracieux

D’un cheveu fou tendant vers le roux.

 

DOREE


Léna ce matin détendue, d’ambre toute vêtue,
Une beauté qui resplendit et me voilà fort interdit
Léna forteresse prudemment approchée
Oui, contre moi devoir lutter 
Une couleur qui fait rêver, s’il m’arrivait…oh… d’oublier
Et le bonheur de voir luire sur vos ongles un or qui se mire farouche dans l'ombre pure du cartouche.

LE BIEN ET LE MAL

 

Vous regarder sans me lasser, visage insondable dans l’altérité de la féminité
Regard rivé, au risque de vous lasser
Visage déjà sacré
Terme de l’ancienne souffrance par l’émergence d’un nouveau manque
Guérir d’un mal par maladie

Ouvrir les yeux et être heureux.


 

IMPRESSION

 

Une citadelle devant le siège semble se lézarder

Et l’assaillant, soudain hésitant, …probablement pour peu de temps…

Légèrement de trembler.

 

 

IVRESSE

 

Mauvais élève du bon sentiment

Presque vrai cancre

Près de vous enfin à nouveau je jette l’encre

Petit garçon devenu humble auprès de l’Autre

Je m’enivre de votre distinction simple.

 

 

ADMIRATION

 

Moi qui suis plutôt fougue élan et don, parfois hâtif même, j’aime votre retenue, votre circonspection

 

Elles ne sont ni froides, ni calculatrices, mais simplement prudentes et pudiques

 

Et ce vous qui à l’écrit veut parfois en tu se transformer est par légère crainte très vite corrigé

 

Je trouve vos défauts mignons, vous m’étonnez, me séduisez d’un rien

 

Vous êtes un vrai petit lutin.

 

 

 

INSTANT PRECIEUX

 

Léna bien loin, je vous rêve là
Et par votre seule présence me voilà bien,
comblé déjà par le meilleur de moi auquel vous me portez,
grisé par vous

 merci à vous

j’imagine aussi votre jambe assagie et sa chaleur à la mienne mêlée,
bien petite promiscuité
qui pourtant sur l’heure m’inonde, m’inonde d’un monde de douceur.

 

ARRETEZ 

 

J’aime encore lorsque intensément je vous regarde
Et que d’un ton un tout petit peu agacé, charmant et amusé vous me dites : « arrêtez »
Ce qui m’incite à tout, à tout faire pour vous plaire, sauf précisément à

Arrêter.

 

 

 

 

 

 

 

 ENCRE BLEUE

 

Avec ferveur je tiens votre stylo-cadeau dont le bleu pour vous il me  faut essayer

Je ne sais que vous dire, vous m’avez déjà tellement apporté
J’ai aussi tant à donner, mais je ne voudrais vous effrayer

Et le grigri que vous m’offrez, qui m’attendrit

Pour vous symboliquement je l’ai partagé,
Je vous le rends à demi, qu’il vous protège de tout,
Et surtout de l’ennui, vous si belle, petit mistigri

 

LEGERE INQUIETUDE

 

Léna, si l’un des termes de mon alternative vous a paru précipité,
J’en espère le pardon
Prenez le comme un don
Pour des gens comme moi, un peu hommes de surcroît, se donner n’est pas se donner à moitié

 Vous femmes êtes différentes et c ‘est aussi très bien ;
Que chacun soit comme il veut bien 

Vous savez que ma tête est pleine de rêves et d’étoiles

Votre pull en est semé, c’est un signe qui me plaît

Je suis prêt à beaucoup pour enfin les étreindre

Et j’aime tous les chemins qui peuvent les atteindre.

 



PETIT CHAT

 

Petit chat qui a revêtu un bleu de rêve

Un bleu qui me donne l’envie, l’envie de dire tu, un bleu si envoûtant qu’il me rend trop pressant

Mais dans le bleu lumière qui orne vos paupières j’ai cru discerner l’envie de pardonner

Aussi essaierai-je d’être sage auprès de votre image dont la beauté secrète m’est déjà une fête.

 

 

 

VOUS

 

Vous dont le sourire m’exalte à en mourir

Vous que j’emporte en moi comme source de joie

Votre bras angora, votre main enfin sous ma caresse… je la voudrais sans fin

Votre féminité pour moi plus que sacrée

Votre gaieté joueuse, pas encore tout à fait amoureuse,

Vous dans l’instant donné

Mon bonheur retrouvé

Vous.

 

 

   

  

INCORRIGIBLE

 

A peine votre voix à l’appareil et déjà mon corps en éveil, il vous accepte avant que je le veuille

Vous m’avez sorti de mon deuil, vous déclenchez dans ma tête et mon cœur des torrents de rêves vainqueurs,

Vous me sortez de moi pour me porter vers un autre qui lui aussi est moi

Il serait sage d’arrêter bientôt ce poème flot, déjà je vous entends me dire d’un ton terrible : incorrigible !

 

DOULEUR

 

J’ai perçu l’hésitation, j’en comprends les raisons, puisse venir – libre - la décision avec le temps qui passera

J’ai peur à présent du côté où elle penchera

J’ai eu moi même à faire ce choix ; pour ma part j’ai fini en confiance par conclure à

L’innocence.

 

NOËL PENULTIEME

 

Ô, haut des Champs

Recueillement, temps peu clément, minuit-concert de klaxons, la joie résonne 

14h 20 allée des M. Je crois que j’aime 

15h envie furieuse d’appeler, stylo-cadeau en main, « œil » regardé et gants parfum, pour résister.

 

Votre intérêt seul sait m’en dissuader en me laissant cœur déchiré , si peu jouir, déjà souffrir

ATTENTE

 

Deux jours et demi ont passé, vous voilà éloignée
Dure le temps dure
Qu’avez vous décidé ? nous rendre la vie dure ?

Il n’est pas de facilité, je suivrai votre choix ; bientôt je saurai la loi et comment vous évoluez

Déjà je bataille en moi pour vos traits essayer d’assembler et me voici en désarroi ne le pouvant plus qu’à moitié

Etes-vous en proie au même mal ? M’avez vous rejeté. L’angoisse me foudroie

Or l’espoir est dur à étouffer.
 

CHIMERE

 

Avant le départ, après la douceur, la dureté pour tenter de se protéger

Puis le souvenir, le vague au cœur, peu à peu l’image s’estompe en vains efforts pour la garder

Tu restes là pantois, indécis, sans savoir à quoi te vouer

Alors vient la peur, elle croît et s’amplifie, le cœur qui bat jusqu’au moment où la voix revenue te rend, gracile, une sorte de calme pourtant fragile.

 

RATE 2

 

Nos voix de part et d’autre peu tranquilles ont peine à trouver le ton, elles laissent le regret de n’avoir pas dit ce que l’on aurait voulu, l’impatience de corriger cette impression, la crainte d’avoir déplu

Cependant, rapporté aux circonstances, elles témoignent – et ce n’est pas rien – d’un lien,

Ténu encore il ne demande qu ‘à s’amplifier

      

 

JEUDI 

 

Champ de neige sous le soleil, voix qui n’est plus dans mon oreille
Fin d’année chacun pour soi
Impossible pourtant, seul, d’être soi

Fausse coupure, gants de parfum, présence intime, douce chaleur
Et les cristaux comme en écho, infatigables de resplendir.

      

VEILLE 

 

Dernier soir avant le retour, promesse d’une nuit difficile, une nuit léxomil, la crainte en sourdine avant l’essor jusqu’à la chamade demain
Impossible toujours de rassembler l’image, au début la rage puis une sorte de résignation devant l’impuissance
Attente patience-impatiente de la vision 

Inquiet retrouverai-je l’acmé des sensations ? Sûrement, mais vous ? Serez vous à nouveau le réceptacle joyeux de mon exaltation ?

Voudrez-vous bien, bien disposée, à nouveau me considérer ?

Me laisserez-vous seul, sidéré ?

 

TON RETOUR – MON RETOUR

 

Te retrouver, revoir ton visage oublié
Au début je ne l’ai pas tout à fait reconnu, la coiffure sans doute,  et déjà la marque d’un souci, le départ d’une autre personne chérie
Semblable, lui, ton comportement, tranquille et confiant, en un mot
Impressionnant
Semblable encore, l’émoi de mon corps, indicibles les sensations plus d’un an mises en prison
Elles me laissent aujourd’hui quasi étourdi, insatiablement lancé vers toi, du regard et des bras, et aussi peiné, touché par ta tristesse avec au cœur l’incoercible désir de te serrer, de bercer mon petit chat blessé.



SUPPLICE 

 

Léna si belle
Que c ‘est cruel
Vous voir si près de moi
Et ne pouvoir quoi que ce soit
C’en est presque scandale
Il évoque Tantale

Quand donc sera le temps où je pourrai être moi
Moi enfin moi

Moi près de toi

 

COUP DE TABAC

 

Tout va à vau l’eau, j’en ai le cœur gros

Aujourd’hui tout va mal, j’en ai même mal

 

Tes questions sont légitimes, mais la peur revient vite, intime

J’essaie de la chasser et ne peux que rester là, corps serré

 

Mon moral est bien bas

Au secours docteur Boukariba, docteur Graeme Allwright

Qui lui « sait en lisant dans tes yeux, en lisant ton sourire que demain, que demain

Sera bien »

RENOUVEAU

 

Je t'ai vue ce matin, l'air un peu plus serein
Aux lèvres le sourire qui te va si bien                       
Le mauve du foulard s'alliant à merveille           
au vermeil de tes lèvres, au pull carmin
L'incarnat de ton teint rehaussant l'ensemble pour faire de toi
- j'en tremble -
Mon unique Léna

 

REPORT

 

Matin d'hiver, brouillard de verre, froid glacé
Par mes trois tours l'eau encerclée
Mais la beauté à la beauté n'est pas venue s'allier

Tristesse non plus n'est pas venue car je sais
Oui sans savoir je sais que tu en fus empêchée

Alors je pars le cœur quand même léger
D'autant que - miracle - le brouillard s'est levé.


PLAISIR

 

Te dire aujourd'hui le plaisir infini
De t'entendre répéter à l’envi “ pas envie ! ”

 

Toi qui le même jour pour la première fois m'as fait jouir
Par ton amour, toi qui m'a aussi ce jour là fait pleurer en voulant me quitter déjà
Toi qui est devenue ma mie et mon amour,

 

 

 

CHOIX

 

Je ne te laisserai pas t'empêcher d'être heureuse au nom de quelque complexe ou par doute de toi
Je te rappellerai inlassable que je t'ai choisie, toi, parce que tu es précisément toi
Rien d'autre ni personne que toi.

 

TREIZE HEURES ENCORE

 

Soixante heures et même trente minutes sans toi, autant d'heures sans toit
Pourtant la tempête avait cessé, le calme reparu avait permis de redresser les fondations pour un temps abattues

Demain cependant sera source de ma joie
Car elle reviendra la fête du bouquet qui à toi comme à moi
Très sûrement rapportera et la paix et la foi.

 


RAGE IMPUISSANTE

 

Dans les transports en folie qui nourrissent ma haine
Tu es devenue ma belle lointaine
Chaleur impitoyable t'accable et t'ennuie
Tu deviens rosissante ma belle jolie
Impassible, inaccessible.

 

 
  UN BAISER

 

Un baiser oublié depuis vingt et cinq mois
Un baiser dont je ne sais s'il était malhabile ou savant,
un baiser enivrant me laisse pantelant
un baiser pour un roi
un baiser de toi.

 

PARTAGE  (=partagé)            

Le deuxième jour hésitant on lui dit

On dit à une oreille ravie qu'il était lui aussi le deuxième ou plutôt le second
Et aussitôt le secret fila tel trésor enfoui se lover
Précieux et chéri au plus profond du moi
Tout contre lui


DON

 

Dans la douleur tu m'as confié un secret,
Le secret peut-être
Tu m'as touché
Confiance confidence, « confides »avec foi
Du fardeau soit allégée comme de la peur
Qu'elle soit avec toi qui ne dois
avoir crainte
Tu es à la hauteur
 
MORNES EAUX

Bruine très fine englue le lac, aujourd'hui d'un gris méconnu
Marron l'eau charrie le limon
Aux berges arides s'agrippe revêche une herbe roussie qui mourir se dépêche
La tempête a passé
Aux bois brisés mon lac s'ennuie
Dont le flot brun semble d'airain
Pourtant autour, couronne de vie, serties à vif dans l'air lourd,
Les herbes jaunies rêvent l'amour.

 

CHATON

 

II est discret et distingué en tout – ou peu s'en faut -
II a la pudeur des secrets

Une plainte très simple lui échappe parfois, la même toujours, qui résume tout
Pas de discours alambiqués, un soupir plutôt, c'est tout

Et même quand s'approche la vague, il rejette la tête, léger soupir  encore, joues rosies, lèvres ouvertes,
Serre simplement les paupières

Et moi j'aime cela. c’est fou.

 

JOUR DE BAPTEME

 

Arraché cette fois à ta circonspection, comme l'ébauche d'un bruit
Le début de ton cri

 

LA PEUR

 

Elle redit sa peur
A l'aube de l'union
Et lui par contagion se fit tout petit
Devant la gravité de l'heure

Vite ils voudront oublier le brouillon
Toujours pourtant s'en souviendront


PRIVILEGE

Le parc est calme, presque désert
Nous, le banc, ta tête sur mon épaule, tes jambes sur mon genou
C'est l'instant plénitude.

 

JOUR SANS TOI

Quatre fois ta voix vint jusqu'à moi en messagère pour ma joie
Une fois même de surcroît oui la chercher m'en suis allé

 

Et en moi chaque fois ce fut le même éveil du corps

Entendre pour à nouveau entendre les tout, les rien pourtant si pleins, les soupirs et les rires
Qui aujourd'hui si bien me masquent
Les très proches silences de ta prochaine absence.

 



EMPORTES

 

Des jours et des jours puis enfin la chair

Frissonnante .silencieuse elle se presse contre lui
Entrouvre la bouche
Yeux clos, elle cambre un peu la tête
Savourant les caresses

Ses lèvres descendent
Frôlent les pétales de rosée nimbés
Un léger gémissement, voici le baiser déchaîné

jusqu'à la défaite du vainqueur déversant à ses pieds   l'hommage de l'humeur
Qui précède l'acmé.

 

    QUATRIEME JOUR

 

Ma Léna bien loin, ma Léna trop loin
Proche pourtant ce matin par le geste commun
Qui allie pour toi et moi la pensée et la joie

Proche aussi par la voix qui redit et unit
Qui bannit l'interdit ou recrée le pays

Ma Lena de constance et non d'obéissance
Ma Léna espérance
Ma Léna à moi.

     

RETOUR

 

Je t'ai sentie entière attente, impatience
J'ai entendu ta plainte monocorde, dolente
Me voici à présent à une heure de toi
Et je perçois que doucement II croît
Images, odeur et sensations mêlés
Pour un sentiment composer
Je le vois presque
II est là
Le désir de toi.




SOURIRE

 

Toi compliquée, toi révélée, toi angoissée
Tu soupires et dans tes yeux l'éclat rieur vite est figé
Tu t'interroges, te reprends, au moins tu essaies
Puis pour finir malgré les dires, malgré l'ire qui quelquefois égratigne
Tu reviens encore dans un sourire.

 

DESTINEE

 

Cinq ans durant, révélé, j’avais vogué de conserve,

Je le croyais

Pour elle les ans en fait ne furent que quatre, ou trois je ne sais
Quand les orbites pour moi soudain ont divergé, explosé j'ai failli m'abîmer
Puis lentement, seul d'abord, ensuite près de toi j'ai tenté de rassembler de ma vie les éclats.

Ne sachant, cette fois, j'ignore encore

jusqu'où j'y parviendrai, si tout entier se reconstruit ce qui brutalement fut détruit
Je me demande bien tard - ou tôt peut-être - quel est auprès d'un autre le rôle d'un être.

Sans doute achever - parfaire ou tuer ? -
Peut-on à cela échapper qui bien obscurément me semble destinée.

 

EXTASE

 

Tes yeux qui s'ouvrent, ronds de stupeur, comme je t'aime avec lenteur
Douceur extrême t'envahit alors qu'à peine le temps fuit
Et puis que croît soudain en toi
Bouche arrondie de par l'émoi
La certitude étonnée que rien ne viendra t'arrêter
Jusqu'au cri retenu marquant
La déchirure - relâchement

 

 

COMPLEMENT


Après le déchaînement - c'est drôle - aussi important
Cet autre moment : ta tête sur mon épaule

 

SENSATION


Assis devant l'horizon vert du lac été
Epaules - volupté très doucement chauffées
Je respire la fraîcheur des senteurs aux oiseaux enchantées           
C'est ici lenteur d'exister
 ...et miss Tigri, amie, habite mes pensées

 

 

LENA, DIS MOI


Lena, dis moi :

    Un lent demain d’anis
Vers Cère

    Comme le bonbon au même nom

Lena sans moi pour Hippolyte

« Peut- êt.. » même sans joie

Sans « pu » de foi
Sans loi

Léna pourtant en moi !

 

PEUT-ËT (à A. et Y)


 Contemplant les eaux calmes tout en bas, seul, je pense à toi
Toi qui sans te plaindre a dit craindre le provisoire, et moi qui n'ai connu que ça
Qui en parlant n'imaginais même pas un autrement

 
Quand j'y ai cru, je fus déçu
Aussi avais-je chassé de moi l'espoir d'une trace de foi
 

Et voilà que toi, sans le vouloir, l'espace d'un seul mot, tu chamboules ma quiétude
Et qu'à nouveau sur ma route paraît le joyeux doute

 

Il est aussi pourtant terrible avec son tranchant double que je redoute
Et qui me rend prudent

       
 

ENSEMBLE


Au retour bien sûr, heureux et purs, cédant au désir,
Enfants,
Ils firent l'amour
Emportés, le moment important,
Les voici soudain jetés en étonnement
Car diffus d'abord, inattendu
Puis certain, bientôt souverain, voilà que sur eux se rue
L’ardeur qui tremble, le jouir ensemble.

 




Il  n'y a que le bonheur a-t-on dit qui rende l'écriture inutile. Est ce vrai. ?  J'ai écrit autrefois dans la souffrance bien sûr mais aussi dans les intermittences du bonheur qui portait tout à son  paroxysme. Je n'écris presque plus et c'est encore une souffrance. Il est cependant confortable d'avoir  vu, de voir la douleur décroître jusqu'à n'être plus qu'un souvenir. Le prix, si c'est l'écriture, est élevé. Serait-ce chez moi la différence entre la passion et l’amour ?

    Je ne regrette pas la première. La sérénité retrouvée est inestimable, même dans ces circonstances difficiles de nos deux mariages malheureux. Inestimable aussi le sourire de l'amour, le sourire de Léna.

     

       Coquine, tu as su te frayer un chemin de l'antichambre vers le salon de mon cœur, probablement par le détour du corps. Et pourtant j'avais formé le vœu de ne pas t'y laisser pénétrer, toi ou quelque autre femme.
Aujourd'hui je suis heureux d'avoir ainsi évolué. Je me sens moins résistant, gagné à nouveau par la faiblesse d’aimer.

 

 

 DECHIRURE
 

Ensemble enfin une deuxième fois, encore le doute, les questions du malheur
Un regard par dessus l'épaule  et puis l’attente
ô Manhattan
Deux jours et plus sans savoir 

Lendemain cruel déjà lorgnait le temps où il te foudroierait
Tandis qu'insouciante tu m'achetais pour toujours un gage d'amour,   médaille d'avant les funérailles 

Depuis silence et en tous sens de supputer, le blanc le noir, encore le blanc
Gestes d'appel retenus, bribes indirectement perçues, pudeur
Respect aussi devant l'immensité 

Mais toujours éprouver l'intense compassion, le désir d'ancrer le fier navire brisé
Qui ne peut pour l'heure que follement dériver. 



DOULEUR


Valentin à sa promesse à failli, Rodolphe en est tout marri
Et surtout dé- stabilisé
N'a pas voulu dans la joie célébrer le culte du si bel an d'avant

Seule à l'interrogation l’interrogation répond

 

Comment vis-tu l'horreur, que fais-tu à cette heure ?
Sais-tu ce que tu fais ?   

Une question suscite une question et le silence est la ponctuation

 Suis-je pilier ou balayé

Une question suscite une autre question et le silence est la ponctuation
Aider vouloir mais ne pouvoir, se demander, ne pas savoir
Unique manière, d'où je suis, de tenter modestement ta douleur partager.

MISERE


Matin d'hiver ciel plombé
La boule rouge du soleil jaillit de ton deuil gris
Je t’attends
 

 REVENUE

 

Ce matin enfin
Le signe de voix

Et dans la tristesse encor

Bien lourd décor
Revient la joie

Merci
Merci
Merci à toi

 

 

 

IVRESSE

 

Vite ton retour

Pour encore m'enivrer de douceur dans ta voix
D'étincelles par ton rire
Lumière à ton sourire
Mouillure sur ton sexe
Dont je cherche et recherche l'odeur fade presque neutre

L'ivresse des sens protège mon corps heureux
Comme le ouaté du feutre.


6 ET 9 AVRIL

 

..L’horreur...

 

    LA FIN

Déréliction, Avril cruel m'apporta la misère-giboulée. Ses prémices le 1 er succédèrent aux délices du dernier jour de mars et même les accompagnèrent au même soir.
Craintes de février déjà oubliées, je voguais insouciant sur douceur d'océan.


J'ai été fusillé

L'amour naissait en la deuxième année, se fortifiait, à la passion en maints points prétendait ressembler
Et cependant prédominait savoureuse tranquillité. 


Autre passion, vraie celle-là soudainement passa par là.
Inopinée, invincible en le moment, mon bel amour elle emporta.

Et le voici, écartelé, déboussolé, à tout prêt sauf déjà m'oublier,
la raison près de vaciller. 

Alors aimant, contre moi-même violent, je me suis écarté,
Lui laissant la sérénité de bientôt la folie décider. 
Renoncer en beauté, ma conscience apaiser, et pourtant mon pauvre cœur piétiner.

Que Dieu nous veuille absoudre et comme toujours au mieux veiller

 



IRONIE

 

Je l'aimais ;

Elle m'aimait, disait le faire plus que moi.
Et le passé a surgi. ; à peine un jour elle résista, mais avec remords pourtant me laissa.
Puis déchirée, de passion emportée, tous les jours cependant vint me rechercher,
Ne sachant plus quel rôle exactement me donner
Moi j'ai coupé
Avec immense regret, plus que regret et plus qu'immense
Je n'appelle plus et le courage me manque pour ne plus le faire lui ordonner.




PETIT HEROS

 

C'est elle qui pour un autre part
Et me relance chaque jour

C’est moi - un autre - qui dois la fuir et sa raison sauver
En un ultime geste d'amour.

 

 

LES TROIS PREMIERES

 

L'une m'a tout appris, l'amour que l'on dit fou.
Elle m'a laissé, cinq ans après, aux bornes mortelles de la folie. 

L'autre en amour ne comptait guère. Partie, elle aussi, elle resta grande amie. 

A la troisième que peu à peu j'ai appris à aimer, je commençai à tout donner
Et d'abord j'ai offert tout ce qu'on m'avait enseigné.

 

Un beau jour l'amour fou elle aussi l'a emportée,

Déchirée elle a dit me quitter et ne sut pas le faire.

Sera-t-elle mon amie ?pour l'instant, moi je ne le puis, j'ai dû la rejeter.

J'attends son improbable retour ou l'inéluctable mais très lente guérison ou encore Celle à

venir, la quatrième.. 

 
CIEL NO1R

 

Le lac

Ma place

Luisait aujourd'hui faiblement d'un gris d'argent
Comme une menace.

 

RAGE

Au début il pardonna, il voulut tout comprendre.
Puis la douleur s'intensifia, et pour longtemps -vive- s'installa ?
Le pardon il ne put que reprendre.                                   
                      

Trahi, non il ne le fut pas,
Le furent en revanche et son amour et leur amour
En une faute bien plus lourde.
 

Un jour - qui sait ? - il pardonnera, le jour où la blessure s'endort
Jamais ô non il n'oubliera ; jusqu'à l'instant de la mort.



 

 

RENCONTRE

 

Te voir quelques instants, femme de peu de mots,
Vite ne plus pouvoir supporter l'intensité des regards.
Emu te fuir, vite de ton image m’éloigner, qui parle plus que tout langage.

Dans la solitude regretter
A côté, invisible à présent, me protéger
Toujours par toi hanté.


LES BAISERS REFUSES

 

II voulait le faire, contre l'émotion une manière de protection,
Ne savait s'il saurait, il pensait que c'était là la frapper un peu bas.

Puis elle arriva, pour le saluer s'approcha, et lui. malgré l'été, saisi par le froid,                        
Véritable spectateur de soi, doucement, laborieusement, très doucement en reculant articula
“ s'il te plaît, pas maintenant ”

Surprise elle commença de rire

Et le rire dans la gorge immédiatement se figea

Emu il s'attardait à regarder la gorge qui faiblement ondoyait.

Plus tard il voulut voir ses yeux, et prudemment, avec précaution il souleva les verres sombres, la dissimulation.
Il cherchait un lien.

Et au “ pourquoi ? ”, à sa question, se détournant il répondit très bas “ pour rien ”
Alors et bien qu'il ne vît pas, il entendit que longuement elle soupira.


CŒUR EN MIETTES

 

Les miettes de mon cœur tu avais ramassées.
Peu à peu, sans bruit, les rassembler avais presque réussi.
Quand brusquement t'en es allée.
Les miettes de mon cœur, les voilà concassées.

 

POUR TON FUTUR ANNIVERSAIRE


Toi autrefois ma mie, aujourd'hui mon amie ?
Camarade au grand cœur. tu affiches ta belle humeur.

Toi que tout fait rire, tu chasses d'un sourire charmeur les nuées qui souvent m'assombrissent.           

Toi pour qui les choses sont très simples, ou blanc ou noir, il faut savoir.
Spécialiste du bon sens, vite tu remets le dés-orienté dans le “ bon ” sens
Et par la chaleur de ta parole, le bonheur pour moi tu dispenses.

Alors ici je dis “ merci pour ce rôle ”

.DERNIERE FOIS

 

Ce jour que tu ne savais pas être celui de la dernière étreinte, inconsciente encore de la décision que tu allais prendre,

Ce jour tu t'es entièrement consacrée à moi, veillant à mon seul plaisir pour la première fois,
Ce jour tu m'interdis de partager les caresses, de te donner la joie.
Après protestation j'ai accepté le don, étonné, mais me disant pourquoi pas, retour de don.
Après je t'ai fâchée, demandant en guise de provocation si c'était là cadeau d'adieu.
Toi offusquée : “ tu as le don de tout gâcher ”
Je plaisantais, croyant encore à un cadeau de Dieu.

Hélas me trompais quand l'avenir sombre s'amoncelait, et toi non plus ne le savais.

 

SEUL

 

L'homme est seul. Des contacts fugaces égaient son espace, fugaces car l'homme est seul.
Le rhum de Cuba pris à jeun crée un écran bienveillant, éloigne la réalité dans un brouillard momentané.
Pris en trop faible quantité point n'apporte la gaieté, comme la pluie des Tropiques qui à l'instant tombait

En moi mélancolique humeur sombre engendrait.
Où es-tu compagne désirée qui enfin me rendras joie de vivre ? Où es-tu sœur attendue à qui je rêve sans trêve et sans but    
Depuis que de ma vie ta vie tu as repris ?


RENAISSANCE


Bouteille du malaise de mars, bouteille fétiche confisquée
Portefeuille dérobé, œil tunisien volatilisé et avec lui un début se trouva disparu

Nouveau chapitre, amis, amies, ciel ouvrant sur la vie et surtout, surtout envie d'enfin reprendre l'air
… mais plus tard la bouteille fut retrouvée....

                               

                                    

HANTE

 

Hiver,
Une fois te revoir et replonger, voir le présent céder à l'obsession du passé ;

Même sans le vouloir, emporté, ne pouvoir qu'agresser et par là ensuite le malheur augmenter.        

Replonger, se débattre comme un damné, ressasser

T'entrevoir encore, t'agresser, te fuir t’agresser en réponse à l'agression qu'est ta seule image physique.
Ne pouvoir t'échapper.
Serait-ce là t'aimer ? ? ?

 

VIE (in mémoriam)

 

Un an quelle m'a quitté, coup de tonnerre dans un ciel d'azur.
Revue hier dans la douleur.
A ma question “ es-tu heureuse ? ” vint en réponse
-difficile- un “ oui ” de vérité.

Un an de malheur contre ou pour un an de bonheur..... enfin presque.

 

 

 

 

 

III  Léna , Amour - Désamour

 

1  Avril   Rupture +2j.  Elle me fait reprendre la plume, la compagne des jours mauvais, tout comme l’avait fait l’exaltation des jours heureux ; à nouveau ce sont les premiers. Le sort s’acharne. L’équilibre à peine retrouvé est ébranlé par un décès inattendu. Rétabli assez vite, il vise la durée et quelques semaines plus tard, patatras, plus rien. Encore plus inattendu. Rien ne va plus et à nouveau plus envie de faire mon jeu.

La souffrance encore, moins brûlante que la première fois, si ce n’est par accès. L’expérience sans doute, mais aussi le désabusement. A quoi bon construire si à chaque fois… Mais c’est la loi, tomber et repartir. Partager la tristesse avec le papier à qui l’on peut presque tout dire. Le papier est accueillant, on voudrait le remercier de son aide.

Pourquoi encore s’accabler de ses propres souvenirs ? Se durcir et aggraver les situations pour mieux supporter et presque aussitôt souffrir de s’être ainsi durci. Quelques conseils pourtant, une tentative d’aide touchante quoi qu’il en soit et puis dans tout cela – paradoxe – voir un sourire autre mais frère et bien vite la tentation de recommencer, au milieu de la douleur qui encore l’emporte.

 

2  Les débuts, les choses habituelles, faites seul. Ce point côté cœur. Bon Dieu ! Recommandation d’une amie, ne pas écrire, ouvrir les yeux, tout de suite redémarrer. Pourtant là au creux de moi, l’envie de gémir, la gorge qui se noue,  les yeux embués, imaginer encore la douceur…

Savoir aussi que si les choses perdurent, fatalement l’apaisement viendra ? Nouvelle source de souffrance : ne pas vouloir, ne pas vouloir, ne pas vouloir. En vain. Des mots que j’ai créés vont disparaître, remplacés. Celui là aussi : Léna !…

 

3  La tristesse après son départ, immense. L’envie forcée d’en draguer une autre pour me prouver que je vis, sans y croire, mais dans la certitude de ne pouvoir vivre sans aimer. Hier soir j’ai essayé de prier pour elle, pour qu’elle y voie un peu plus clair dans ses conflits intérieurs…Bibounet…Souvent l’envie furieuse de l’appeler, aller vers le téléphone ou Internet et résister, revenir, brisé.

Touchant le pardon que par deux fois elle m’a demandé, m’assurant de son amour. Sincère ma générosité, répondant qu’elle n’avait pas à faire cette demande. Il n’y a rien qui puisse aller contre la passion. Forte sa phrase : «  je me suis dit que c’est mon mari (mort deux mois plus tôt) qui se venge de la haut ! »

J’étais avec elle depuis dix-huit mois. Elle m’aimait plus que moi. J’ai été balayé en trois jours. Elle voulait continuer à me voir en ami (amour ? d’après le comportement). Cette fois j’ai coupé net, deux jours après l’annonce. Je suis à vif.

 

4  Même jour. Elle craque, m’appelle, je craque. Déjeuner commun. Elle m’apprend qu’elle part avec l’autre selon le plan que nous avions imaginé pour nous.

J’avais renoncé par prudence, par amour, pour ne pas choquer son entourage. Cela aurait été nos premiers jours de liberté. Ironie du sort, elle a cru que je ne l‘aimais pas assez. Ce n’est pas gagné pour l’autre, au courant. Il avait prétendu l’empêcher de déjeuner avec moi. Elle lui a demandé pour cette semaine de lui préparer une chambre d’ami. Y verra-t-elle plus clair dans dix jours ? Ces mots d’elle encore «  je devrais être heureuse et je ne le suis pas »

 

5  Lors de cette rencontre nous étions tous les deux très amoureux l’un de l’autre. Depuis trois jours elle s’interdisait de m’embrasser, me désirait encore. Ce jour là elle m’a confié avoir envisagé un moment ne pas partir. « Cela va te faire plaisir » dit-elle. Le lendemain soir au téléphone elle était toujours très désorientée et n’est pas parvenue à raccrocher. J’ai dû le faire.

La veille de leur départ j’ai demandé, près de m’effondrer, à une amie de prier pour moi. Aujourd’hui ils sont ensemble, depuis hier déjà.

Tu m’as là fait un sacré poisson d’avril, Bibounet. Entrevu aux obsèques après quelque trente-trois ans, cet ami /amour de jeunesse t’a téléphoné chaque semaine. Venu un lundi- je le savais- le mardi encore tu m’aimais. Tu fus troublée dès le mercredi ; il t’a revue à mon insu le vendredi et le soir même mon sort était réglé. Le week-end tu refuses de me voir. 

Rupture annoncée le lundi pour être en règle avec toi-même. Le mardi c’est lui que tu embrassais. Toute la semaine comme moi tu fus déboussolée et il t’échappait encore de nombreux gestes d’amour.

Où en est-tu à présent ? Dans deux heures j’essaierai de te téléphoner, toi tu ne peux le faire. Le voudrais-tu ? Après dix-huit mois est-ce la fin ? Tu pleurais à chaudes larmes contre moi en disant «  c’est trop dur »

Ton amour pour moi – grand pourtant – a-t-il cédé à ce que tu appelles le coup de foudre, que je dirais l’amour fou. Tu murmurais «  je vais sûrement faire la plus grosse connerie de ma vie, je vais vous perdre tous les deux » L’autre soir dans la rue pour nous deux l’émotion. Enorme. Nous fûmes sauvés par l’arrivée d’un tiers.

 ………

Ca y est, je lui ai parlé. Elle a sauté le pas. La passion est plus forte que tout. Je sais.

sept jours après l’annonce d’une rupture qui a traîné à se concrétiser, treize jours après que nous nous sommes aimés pour la dernière fois ? Quatorze jours après sa première entrevue avec l’autre.

Il me faut aller vers un nouvel amour.          

Elle restera au moins mon amie, elle. Je me sens déjà me durcir intérieurement, mais mes jambes refusent presque de marcher. Il me reste le tabac, repris hier, l’alcool, quelques rares amis, les femmes si j’y arrive encore. J’avais cru à l’amour fou –anéanti -, je commençais à croire à l’amour –anéanti lui aussi – Je vais devenir un type presque normal, qui ne croit plus en rien. La vie est amère : j’ai été aimé d’elle quasi exclusivement, puis prioritairement, ensuite minoritairement, très minoritairement enfin. 17 mois et 21 jours de bonheur, plus 2 à peu près, ce n’est pas à dédaigner.

Qu’est devenu ton amour pour moi ? Ai-je demandé. Tu as répondu en pleurant « il est encore là ».

 

6  Je te sais avec lui. Inutile d’insister sur ce que je ressens. Hier tu tentais de te justifier avec une pauvre explication, juste du reste, «  la passion c’est beaucoup plus fort que l’amour ». Ayant vécu les deux, je pense à présent que l’amour est infiniment supérieur. Aimer l’autre d’amour, c’est l’aimer pour lui même, aimer de passion, c’est aimer pour soi. Tu comprendras cela plus tard, Bibounet. Ce qui m’étonnait ces derniers temps, c’est que mon amour pour toi, sur certains points, avait l’intensité de la passion. J’attends ton improbable retour. Aujourd’hui bière, cigares, amis, les habituelles béquilles contre le malheur. Es- tu heureuse dans les bras de mon successeur, qui ne sera jamais mon remplaçant ?     Je t’ai tout appris de la sexualité et beaucoup de la vie, largué en trois jours, je n’en reviens toujours pas. Ton amour, mon amour : de peu de poids ! Depuis dix jours j’arrive à dormir 3 à 4 heures par nuit avec des anxiolytiques. Ici en Alsace, sur les hauts d’un col vosgien, je regarde la neige tomber, je pense à toi et toi ? J’ai ton écharpe autour du cou.

 

7  Contrairement à mon histoire précédente, j’essaie de ne pas me refermer sur la douleur et de regarder autour de moi. Le monde comme source de petits plaisirs… Ca marche un peu le jour, beaucoup moins bien vers le soir et alors Elle revient. J’ai dit ne pas t’en vouloir, c’est vrai pour ce que tu as fait, mais peu à peu je sens que je t’en veux de m’apporter ce mal. 17 heures, l’appel téléphonique presque promis n’est pas venu… c’est toujours troublant la voix, n’est-ce- pas ?

 

8  La lettre promise ne viendra sans doute pas non plus ; tu as trop à vivre et à découvrir en ce moment. Je te pardonne quoi qu’il m’en coûte. Pas seulement l’absence de lettre. J’aurai beaucoup de mal à sourire en te revoyant, à bien réagir à ton probable « bonjour, ça va ? » 

 

9  Aucune nouvelle de toi. Comment as-tu pu (ou dû) me faire cela après avoir déclaré au tout début de « nous » que tu ne me ferais jamais de mal ?    

C’est réussi. Suis-je à présent complètement extérieur à ta vie ? Je n’ai que le silence pour réponse.

Comme tu étais mal, Bibounet, le jour où tu m’as menti et où tout a basculé ! Dès l’entrevue suivante tu as rétabli la vérité et rompu d’avec moi. … Demain tu le quittes, peut-être vas-tu connaître les affres de la passion. J’ai prié pour que cela ne soit pas trop douloureux.

   

    10    J’appelle, ultime « explication », rage impuissante, je raccroche, je rappelle, rage à nouveau. Un troisième appel calme cette fois. C’est fini.

 

        11    Il s’achève le mois de mon malheur. Treize jours après notre dernière étreinte elle s’est donnée à un autre. Hier je les ai vus. Lui à distance ; après le premier regard de curiosité il n’a plus osé croiser mes yeux. Je lui avais écrit, il m’avait répondu en une espèce de sympathie respectueuse.

 Elle s’est brièvement approchée, quelques mots de moi lui demandant de ne plus m’appeler pour quelques temps. Je lui ai remis en porte bonheur une médaille de la vierge que je détenais depuis plus de 30 ans.

12  L’après midi elle devait le présenter à ses parents, ignorants de tout, 11 semaines après le décès de son mari.

 

13  Mai  Se sentir seul pour –par intermittence hélas- se sentir fort. Il y a deux jours je l’ai revue, elle disait ne pouvoir vivre sans me voir ni me parler. J’ai à nouveau demandé qu’elle ne m’appelle plus. C’est elle qui est partie ; c’est à moi de gérer la rupture, c’est presque au delà de mes possibilités.

 

14  Aujourd’hui malgré mes résolutions j’ai appelé. Répondeur. Ensuite tu l’as fait toi aussi. Ma voix, triste, long échange avec de longs silences. Ton invitation, mon acceptation de principe sous réserve que tu me laisses guérir. Seule une nouvelle relation chasse vraiment une précédente, et encore seulement en surface, mais elle peut rendre la joie.Le manque est terrible.

 

15 Tu veux savoir comment je vais ? Comme quelqu’un qui a été rejeté pratiquement du jour au lendemain par la femme qu’il aime et qu’il aimera tant qu’il n’aura pas rencontré un autre amour,  qui tourne et retourne dans sa tête l’inutile question « pourquoi » ? j’aillissant du refus de la réalité du bonheur arraché. Toujours restera en moi le souvenir de cette fin brutale, non voulue.

 

16 J’entame le deuxième mois de souffrance quand tu sors d’un mois de vacances et d’espérance

 

17 Après un mois de flottement, de déréliction, après avoir quitté le champ de bataille onze jours afin de te permettre d’assumer ton choix tout en gardant ta raison, écartelée entre ton ancien amour et ta nouvelle passion, je décide de te reconquérir. J’ai vite constaté que si ta droiture et ta volonté te faisaient tenir bon, ton amour et ton désir pour moi étaient encore présents. Je mise sur le long et peut-être le moyen terme. Je saurai par mon amour, ma générosité, ma bonté te séduire pour qu’un jour tu retombes dans mes bras. Je préfère te laisser libre de vivre ta passion jusqu’au bout afin qu’elle meure de son propre mouvement. Cela peut être long, de un à cinq ans. Je ne t’attendrai pas, je n’en ai plus l’âge. Déjà j’ai remarqué ta jalousie quand je te parle d’autres femmes. Le procédé est sans doute un peu pervers, mais j’ai le droit d’en user pour sauver mon amour. Je vais t’arracher à ton aveuglement car je t’ai aimée peu à peu , découvrant lentement qu’en plus des autres femmes , tu étais –aussi- belle à l’intérieur : je n’ai pas le droit d’abandonner.

 

18  Quatre jours plus tard je n’éprouve plus que le sentiment d’abandon. Vite l’action pour sortir du marasme. Surtout ne pas l’appeler maintenant, en position de faiblesse.

 

19  Le jeu ainsi défini est une construction intellectuelle dangereuse. De surcroît frustrante, car je ne t’ « ai » plus, et inhibante, car elle bloque mon éventuelle ouverture à un nouvel amour. Je crois que je vais laisser les circonstances décider de la conduite à tenir. Au fond de moi la tristesse, celle de la perte de l’Avoir, même s’il me reste une part de l’Etre.

 

      Juin: J + 11 semaines : elle m’a largué, elle m’a largué… Inexplicable, imprévu, incompréhensible. J’allais ces jours-ci un peu mieux, à coup d’antidépresseurs, quasi sidéré. Et voilà qu’elle a reparu : l’entrevue fut houleuse, j’éructais ma  fureur, elle, restait silencieuse, s’accrochant à sa foi en son nouvel amour. Depuis deux jours je suis taraudé par le souvenir de mon bonheur passé.

 

    20     12 semaines après, je suis étouffé par la solitude absolue après ces mois de plénitude. La souffrance procède surtout de la brutalité de l’arrachement. Je ressens une fêlure de l’être, un sentiment d’injustice gratuite et d’impuissance  à modifier quoi que ce soit. Je n’ai plus de pôle auquel ancrer ma vie. 

 

21   Pèlerinage au lieu où pour la dernière fois, ignorant comme toi de l’avenir, je t’ai fait jouir. Tu criais « regarde moi ! »
 

22    Juillet. Mon dernier mail est resté sans réponse. Je viens de t’appeler et de crier ma douleur. Que Dieu me donne à présent la force de choisir le silence.
 

   

23   J’ai enlevé ta médaille et hier je t’ai refusé les quatre bises auxquelles tu prétends, le droit de toucher mon corps.
 

24  Je ne sais si je vais me relever. Je ressasse l’ingratitude, l’amertume, le dégoût vital. C’est l’été et la beauté des femmes que je croise – quand je parviens à les regarder - accroît ma douleur. Tant d’aptitude à faire souffrir sous une telle perfection des silhouettes : quelque chose m’échappe. Comment font la plupart des hommes pour rechercher le sexe pour le sexe, moi j’y vois surtout un accès au divin. Il vaudrait mieux ranger ces pensées au rayon des accessoires d’une douce folie qui pourtant ne me quitte pas.

    

    25
Je suis sonné par cet abandon, je dirais presque trahison mais tu ne m’as pas trahi : durant deux entrevues avec ton nouvel amour tu as résisté à sa fulgurance, le temps de m’annoncer la rupture. C’est mon amour qui a été trahi. J’aimerais dire notre amour, mais cette entité n’existe pas. Un amour entre deux êtres est toujours fait de la somme de deux amours distincts. Tu as brutalement repris le tien pour le porter ailleurs. En trois jours ; meurtri je n’en reviens pas. De cette blessure sourd tour à tour l’abattement, la colère, la révolte, l'écoeurement, l’attendrissement et en permanence la douleur. Durant deux mois j’ai continué de te fréquenter, je n’en ai à présent plus la force. De loin en loin une pulsion sauvage me pousse à rompre cet isolement. Tu sembles alors peinée, mal à l’aise et en même temps inébranlable dans ta décision. Je repars vers le silence, réalisant que c’est l’amour seul qui donne un sens à chaque geste du quotidien, à toute parole. Je ne ris ni ne souris plus beaucoup. Avec la vie disparaît l’envie.

    Je suis arraché et parfois n’essaie même pas de rassembler mes bords effilochés. Quand et comment viendra la délivrance ? Mon existence n’est plus qu’attente, l’Absolu de l’attente. Je suis inadapté à la vie ordinaire, immature, et je refuse cette maturité là.

 
   26 

Tout en redoutant depuis le début que je t’abandonne, c’est toi qui l’as fait. Mon présent est infiniment plus pauvre que mon passé récent. Et pourtant je suis libre d’attaches, ouvert à tout ce qui pourrait se présenter. Je m’applique à faire naître ce vouloir vivre. La sensation peut être grisante comme la finesse de l’air aux petits matins d’été. La beauté des femmes, que j’ai toujours appréciée, m’aidera. Je dois me forger un mental plus égoïste pour ne plus être affecté par les nécessaires déboires de l’aventure amoureuse qu’est à présent ma vie. Ou alors il me faudra renoncer à ce pan de mon existence. La Seine roule ses eaux pluvieuses ; elle aussi est peu souriante aujourd’hui. Pourtant cette grisaille exhale un charme étrange, le contrepoint des jours de canicule précédents

27      Août. Je rentre de vacances. Pourquoi a-t-il fallu que je rencontre quelqu'un  qui m’a parlé de toi ? De la fête que vous avez faite  fin juillet et à laquelle tu m’avais invité. Cela m’a fait mal. Il paraît que vous avez pensé à moi, comme j’ai pensé à vous, à toi en particulier. Aujourd’hui je ne sais que trop où tu es. Vite passer à autre chose. 


28    Hier pour ton anniversaire tu as dû penser à moi, peut-être même vaguement espérer un appel. Quand briseras-tu ta fierté pour vraiment t’adresser à moi, avec la qualité d’échanges que nous avions il y a quelques mois ?     Moi, je ne le ferai sûrement pas même si j’en crève d’envie. Je suis l’offensé.

 

    29  Je repense à Yasel, la Cubaine, la première fille que j’ai touchée après Léna. J’aurais pu tomber amoureux de toi. Tu m’as rappelé de Cuba et cela m’a fait plaisir d’entendre ta voix. Je suis tellement seul et paumé depuis le départ de Léna que je me sens bien faible.

 

    30   Rencontre avec Léna. Je refuse ses bises de salutation. Elle semblait émue elle aussi ; j’ai eu beaucoup de mal à retenir mon agressivité. On a réussi à parler un peu ; elle se réfugie dans l’anodin. Je lui ai dit une ou deux choses fondamentales et qu’un jour je pourrai à nouveau la saluer de deux bises. J’imagine que ce sera quand je serai à nouveau heureux. Elle n’a pas prolongé la rencontre quand elle pouvait et que nos chemins étaient susceptibles de se séparer. Moi non plus. Comme j’aurais aimé le faire !

 

    31   Echanges encore, peut-être ultimes. J’attendais des mots de gentillesse voire d’affection, un témoignage de compréhension. Seuls sont venus certitude bornée, dévotion aveugle, suivisme, étroitesse de vue. Très déçu j’ai dû constater le lendemain que probablement je ne t’aimais plus.

 

  32   Septembre. Je repense à l’émotion éprouvée à toucher le grain de la peau de Yasel. La douceur m’avait submergé. J’ai deux fois son âge et pourtant j’aurais aimé y croire. Je voudrais la revoir.

 

 33   Je suis surpris de constater comment brutalement le charme s’est rompu. 5 mois après ta décision, je l’accepte enfin. Je me sens à nouveau libre. Encore un peu de nostalgie certes, mais la souffrance semble avoir lâché. Incertain j’évite de te revoir, par prudence.

    34   Le train fonce. Soudain je lève les yeux et vois à l’endroit habituel la Seine gris vert. Un sourire monte à mes lèvres, « la rivière » comme j’aimais l’appeler quand je voyageais avec toi et que je découvrais le coude qu’elle fait là-bas, coupant d’un écrin de beauté le paysage sinon quelconque. Chaque fois que je la remarquais au milieu de nos conversations je m’interrompais brutalement et lâchais «  regarde, la rivière ! » Alors nous souriions à cette incantation, une parmi d’autres, de notre amour.

  

  35   Près de 10 jours sans douleur. Elle était devenue moi-même. A la place j’éprouve certes une sensation de mieux être, mais aussi une espèce d’absence.  Une vie sans amour. Presque une non vie. Etape nécessaire pour permettre l’éventualité du nouvel amour auquel j’aspire.

 

    36     Je remarque que le plus souvent l’écriture s’aligne sur mes états d’âme : au bonheur, à l’exaltation répond le plus souvent le fragment poétique. Au malheur, à l’atonie, c’est plutôt la prose, le discours.

 

    37     On n’aime pas quelqu’un, on est amoureux de l’amour, de l’autre partie de soi que l’on connaît trop peu, pour l’homme de la féminité. Je me souviens comme au début j’admirais tes ongles chaque jour peints d’une teinte différente, associée à tes vêtements, ces gants de laine couleur fauve bordés de fourrure qui dansaient, agiles, à tes mains ; je les appelais mes petits écureuils. C’était déjà le bonheur de cette plénitude tant recherchée, être soi dans l’altérité. L’amour ne serait donc que la vénération d’une image idéale de soi que seul(e) l’Autre peut vous permettre d’approcher ?

    Pour l’homme que je suis, vivre sans aimer une femme est d’une platitude insondable.

 

38     Ironie du destin : demain, jour légal de ma désunion – la séparation de corps d’avec mon épouse- tu entames un voyage de noces avant la lettre.

 

39 Je ne souffre plus, plus vraiment. A la place c’est une morosité douceâtre qui m’envahit et me plonge dans une réflexion désabusée sur la destinée, sur ma destinée. Je ne suis pas heureux. 

 

40  J’ai souffert de très longs jours durant. Je voudrais qu’elle, comme mon « successeur », connaissent un jour les mêmes maux, aussi soudains, que l’amour de l’un se heurte à la fuite de l’autre, que chacun d’eux perde la personne à qui il voue sa passion. Il faut que vous découvriez l’étendue du mal que vous m’avez fait, que vous voyiez votre malheur accru en imaginant la félicité de l’autre sans vous. Tu m’avais dit : on ne peut souhaiter le malheur des gens. Le vôtre me paraîtrait juste. 

 

 41   La déception que m’a causée notre dernière entrevue a laissé en moi une steppe dont l’aridité n’a d’égale que la monotonie. Ce n’est plus à toi que je rêve, en tant que grande prêtresse de ma religion, mais aux situations de bonheur que nous avons vécues ensemble. Leur reflux me laisse amer et nostalgique.

 

 42    Octobre   Enfin un vrai début de normalisation. J’ai rencontré d’autres femmes, j’ai pu avoir avec toi une relation sans agressivité, empreinte de tendresse réciproque. Le cœur en chamade quand tu t’es approchée, ne sachant quel jeu tu allais jouer, et tout de suite tu m’as donné les quatre baisers de paix ; la tension est tombée d’un coup. Juste encore empêcher mes mains de trembler en t’offrant un bonbon. Plus tard se dire au revoir avec un sourire plus signifiant que mille mots.

 

    43    Tu étais mon Bibounet,

    Je ne sais pas si tu mérites que je t’écrive ceci. J’ai pourtant envie de le faire. En commençant je ne sais pas où cette lettre ira, dans quel sens. Je l’écris pour toi seule et pas pour ce monsieur qui t’a prise à moi et dont, au moins pour l’instant, je ne veux pas entendre parler. Mais je lui ai bien écrit, une fois, quand tu es partie, alors pourquoi ne pas t’écrire à toi, comme on élève un monument du souvenir.

    Tu m’as plu tout de suite, j’étais bien avec toi, mais j’ai mis longtemps à t’aimer. Je le refusais. Pas parce que c’était toi. Je ne pouvais plus aimer. J’ai dû par là beaucoup te faire souffrir. Tu me l’as bien rendu par la suite. Enfin… Il y a deux ans commençait pour moi une époque qui a été un temps de bonheur, malgré toutes les difficultés, et qui à une semaine près a duré un an et demi.

 Ce n’est pas rien. A tes côtés j’ai peu à peu appris, presque au bout d’un an, vers ton retour de vacances, à aimer l’autre pour lui-même. J’ai donc pris confiance en moi et en la vie et je commençais à penser possible de construire quelque chose. La vie, dans son incertitude, allait bientôt nous rendre libres l’un et l’autre. Et puis un nouvel imprévu est arrivé et tout a été détruit. Je l’ai d’abord accepté, puis je t’en ai voulu énormément, à la mesure de ma désillusion. Mon agressivité en a été l’expression. Tu m’a au moins et sur le tard fait oublier le regret de mon ex grand amour et maintenant, six mois après dont trois d’anti-dépresseurs, je remonte. Depuis six semaines déjà. Simplement la foi, en moi, est encore un peu plus morte que quand tu m’as rencontré. Il est vrai que tu l’avais ressuscitée. Je t’en veux moins aujourd’hui, presque plus. Je suis seulement désabusé et à nouveau je ne veux plus croire, même si j’ai approché des femmes. Je risque de les faire souffrir comme je t’ai fait souffrir. Je ne sais pas ce que la vie nous réserve à l’un et à l’autre. Je repense souvent avec émotion à certains moments que nous avons partagés, très divers. Je pourrai au moins dire : j’ai été heureux. Merci pour cela. Je t’embrasse : un ex petit fou. 

44    Ca y est ! la revoilà, hélas, la nostalgie de toi. Quelques rencontres, notre réconciliation, le plaisir d’à nouveau se côtoyer ont suffit à la ramener. Rien n’est plus comme avant…et pourtant… !

    Donc je te fuis. Tu as lu ma lettre-bilan devant moi et l’a dite très touchante, après avoir cherché le mot. Te composais-tu un personnage ? Ou tu n’éprouvais rien ou tu te maîtrisais à l’extrême. Moi je fuis et à nouveau j’espère que tu viendras une fois encore me donner de tes nouvelles. Je trouve l’existence auprès de ma nouvelle amie bien fade, la pauvre n’y peut rien, hélas, c’est encore toi qui me hante. J’aimerais tant savoir comment tu ressens dans ta nouvelle vie l’absence de moi. Je ne crois pas que tu me le diras ; tu as toujours été avare de mots et doutant de ta capacité à exprimer. A tort. Cependant quand nous nous revoyons, tes questions témoignent de ton intérêt.

     

    45  Novembre  Trois semaines que je t’ai remis cette lettre de vérité où j’étais « à poil » devant toi. Depuis,  ma fuite, et ton silence. Tu incarnais mon rêve. Tu l’as brisé et continues à le détruire par ton attitude, à me détruire… 

 

46 Hier un signe. J’ai appris qu’à plusieurs reprises tu as essayé de me téléphoner. Et cette réflexion de toi sur la fin de notre histoire : « il n’y rien à comprendre. » Voyage avec toi ; que de souvenirs et puis, le café, comme avant…Ma phrase «  je t’aimais vraiment, tu le savais ou tu ne l’as compris qu’après ? » Ta réponse : « je l’ai compris après. » Tu as ajouté «  je n’y ai pas cru. » (j’ai mis tellement longtemps à sortir de l’histoire précédente, mais ça y était.) et aussi « ce n’est pas facile tous les jours. » Je sais que l’amour n’est pas totalement mort.

 

47  J’avais un amour ; il s’est arrêté dans les faits apparents d’un vendredi soir à un samedi matin. Avec toi, j’avais déjà eu du mal à aimer à nouveau ; je ne sais pas si j’y arriverai encore. Si oui, j’aurai en permanence à l’esprit que ça peut s’arrêter d’un jour à l’autre. Voilà ce que c’est l’amour, quelque chose qui peut s’arrêter du jour au lendemain.

 

48 Humidité de novembre dans la lumière faible du petit jour. La vue s’arrête à une cinquantaine de mètres, au pied du mur compact que forme dans l’air la condensation. Couleur dominante en l’absence de toute réverbération, le marron laid et terreux. C’est moche. En moi aussi. Ce n’est plus le cuisant de la révolte, l’acuité de la douleur, l’intraitabilité d’un esprit furieux se cognant aux barreaux d’une cage, non,, c’est un morne dégoût sur les relents de ta trahison, le défaut de la joie, la vacance d’une foi. Pas de projet. Quelque chose comme une attente vaine qui n’en est plus une.       Et malgré tout, chercher de petites choses pour égayer le présent, pour tenir jusqu’à l’hypothétique renouveau. Voilà le sort des idéalistes.

 

49 J’évite toujours la rencontre avec toi. Ce matin dans le train, une banquette devant moi, ta fille. En partie ton vivant portrait ; ta fille qui de nous ne sait rien. Ta fille et sa souffrance, dans cette guerre qu’elle mène contre toi, accrochée au souvenir de son père ; elle t’a même traitée de putain.  .

Cette envie que j’ai de lui parler, comme toi quand tu voyais ma fille perdue dans les immenses couloirs du RER. Envie de la prendre sous ton aile as-tu dit alors.

Je n’accepte toujours pas le terme brutal que tu as mis à notre amour, au moins dans ses manifestations concrètes. Je suis blessé, sans doute pour un long moment encore.

 

50 Un semaine que je t’évite, scrupuleusement ; et même là, tu es encore avec moi. Vu le psy hier, il semble n’avoir pas vraiment de solution à me proposer.

Encore ta fille sous les yeux. Elle lit. Et toi, comment vis-tu à cet instant, dans le train qui suit le mien, sachant qu’une fois encore je t’ai fuie ? Ma nouvelle amie m’a demandé si je te reprendrais au cas où tu reviendrais. Un peu lâchement j’ai répondu «  possible ».

 

51

  Coup de téléphone ; mes mots « je crois que je t’aime encore…   je crois que je voudrais que tu me reviennes »

Ta réponse « oui, mais, bon ! »       Qu’ils sont loin tes propos d’il y a quinze jours en réaction à mon affirmation «  un jour tu le regretteras »

 «  Tu en es persuadé ? »

    ………………….

    « Alors j’aurais tout perdu. »

    « Pas encore ! »

 

52     Toi arrivant soudain chez ma nouvelle amie chez qui j’étais. Surprise de me voir là, chez celle qui est (était ?) d’abord ton amie. En moi la colère, comme souvent maintenant à ta vue. Colère que tu aies pu, su, trahir mon amour, ma confiance. Colère et aussi douleur.

 

53 Léna,

      Je ne t’enverrai probablement pas ce mot. Après la discussion de ce matin où tu disais t’être sentie trahie de ce que je connaisse ta copine (amie, disais-tu), je pense encore à toi et au passé. J’essaie désespérément de t’oublier. J’ai été véhément ce matin ; sauras-tu interpréter ma colère ? J’ai dit ne pouvoir supporter de te voir plus de quelques minutes. Sauras-tu décoder ?

Trahi, je l’ai été ;

    

    -         la fin brutale de notre relation : de ton fait !

    

    -         ton vœu du 6 juin de l’an dernier de rester toujours avec moi : balayé par toi dix mois après !

    

    -         ta promesse récente de m’écrire pour me dire comment tu vis tout cela : lettre morte sans doute ! Je t'ai donné les nouvelles que tu attendais. Et toi?

Ta croyance naïve en l’éternité de ton (nouvel) amour, je ne peux m’empêcher de la piétiner. Ton mec, de l’insulter en pensée. Il a été à son insu le voleur de ce que j’ai cru être le bonheur.


54 Décembre               Rencontre. 10 secondes. Tu arrives en discussion avec C. Je m’approche ; laquelle embrasser d’abord, finalement toi.  2 bisous seulement. « Bonjour », « bonjour ». Votre discussion n’a pas vraiment cessé. Le train arrive. « Je vais plus loin »    et je m 'éloigne.

55 Temps doux. Je suis au bout du quai. Tu arrives, t’engouffres dans l’abri. Je vais t’y chercher, furieux. Tu me vois approcher, tu sors. 2 bises chacun, chacun « bonjour ». Passe d’armes, 15 secondes. Moi : «  alors, tu te planques, tu te mets à l’abri quand il fait doux ! » «  Pas du tout, et toi, hier tu es parti ! » «  J’avais dit que je ne voyagerais plus avec toi, ça n’empêche pas de se dire bonjour » « je m’en fiche complètement » «  fais comme tu veux, en tout cas je ne ferai plus un pas vers toi. S’il faut venir te chercher, … j’attendrai que ça te reprenne. »

Je m’éloigne sans un regard (un quand même, à la dérobée). Dans le cœur colère et tempête. Aurai-je la force de tenir ?  Demain, un an que je lui ai acheté le bracelet en or. Dans sa tête, quelle tempête ? Ne plus la voir du tout pour retrouver la paix ? Difficile avec le train commun.
 

56 Ces échanges exacerbés témoignent de ce qui reste de notre passion. L’important n’est pas ces propos de guerre mais ce qui subsiste dans la vie intérieure de chacun, l’occupation par l’autre. En apparence s’épanche seulement la fureur de ne pas se résoudre à n’être plus rien dans la vie extérieure.
 

57 Janvier   Je t’aperçois, tu es avec ta fille. On fait comme si on ne s’était jamais vus. Pas de vœux, rien. En moi colère et aussi émotion, encore.

58 Dans le train. Ta fille en face de moi. Ignorance totale pour elle. La rivière, entrevue dans sa permanence, me rappelle l’inconstance des sentiments humains.
 
59 Hier j’ai provoqué la possibilité d’une rencontre. Celle ci eut lieu. 15 secondes, assez pour que je te donne le bref mot résumant ce que j’ai sur le cœur : l’inexistence pour moi de ton nouveau compagnon, les non-vœux que je forme pour toi avec lui par opposition à toi seule, le ressentiment dû à ton abandon, mon amour (je n’ai pu écrire que a.) que tu ne méritais pas, le peu de rôle que le mérite a affaire là dedans. Puissé-je être libéré ! 

 

60 Je t’en veux toujours. 

 

61 Hier soir est arrivé ce que j’attendais sereinement depuis longtemps. Du train et pour la première fois je t’ai vue sur le quai avec lui. Il vit à présent avec toi. Il m’a semblé que tu lui tenais la main. Mes regards se sont ensuite arrêtés au niveau des bustes. Je ne t’ai pas dévisagée. Lui encore moins. Je n’ai pas pu ; pas voulu. Même à la troisième personne j’ai du mal à cautionner par écrit son existence. Vous (mot horrible) êtes montés à l’étage du wagon où j’étais avec une amie. A la descente, foule devant la porte, nous nous sommes trouvés côte à côte, lui juste derrière ;  temps d’arrêt. Grossièrement je ne t’ai pas cédé le passage pour en aucun cas le lui céder, pour ne pas vous voir aussi. Nous nous sommes frôlés. Je ne t’ai pas regardée.

Je ne savais qu’éprouver : l’émotion se mêlait à la résignation calme et même à une pointe de mépris. Pas le choix. Pendant un an et demi c’est ensemble que nous voyagions.

Il n’y a qu’un amour qui puisse chasser un autre amour.

 


62 Tu m’as quasi complètement sorti de ta vie. Je sais qu’en gardant le contact je pourrais y rester, au moins pour un rôle mineur. Je refuse en matière de sentiment de jouer les seconds rôles. C’est ma dignité. Si nous devons à nouveau avoir une relation, fût-ce d’amitié, c’est toi qui reviendras. C’est toi qui m’as jeté, qui as détruit ma foi et ma joie du printemps dernier. Je finis d’écrire ces lignes au moment où le train s’arrête et c’est cocasse, je te vois sur le quai avec mon successeur, qui ne sera jamais mon remplaçant. Je le méprise, même s’il ne savait rien de ta vie lorsqu’il t’a levée. Je méprise le choix que tu as fait. Tu as tant imploré mon amour en défaitiste, te sentant inférieure à l’inspiratrice de mon ancienne passion. Avoir tant râlé contre quelque chose qui finalement n’est plus. Au nom de quelque chose qui aujourd’hui n’est plus. Décidément, l’amour est, aussi, bien dérisoire.


63 Février   J’ai une fois de plus beaucoup parlé de toi avec mon ami R. Il a raison, le choix de partir, c’est le tien. Je ne dois pas en vouloir à ton compagnon ; à ton mec, comme j’ai envie d’écrire. Tu avais raison. R. essaie de comprendre ce que tu ressens (peut-être) de tout ce gâchis. Moi je me durcis, rien qu’à l’évoquer. La souffrance est encore là. Il pense que c’est aussi un peu l’amour propre. Je ne sais pas. C’est en tout cas la trahison qu’a subie l’idée que je me faisais de l’amour, le nihilisme vers lequel tu m’obliges à aller quand tout mon être aimerait encore se rebeller contre. Tu as détruit mes espérances ; étaient-ce les dernières ?

 

64 Quai de gare : brève rencontre car je l’abrège. Je peux te regarder car cette fois tu es seule. J’essaie de museler la froidure qui d’ordinaire m’envahit et m’emmure dans un silence presque agressif. On échange quelques mots d’une banalité attristante. C’est toi qui lances ces mini-échanges, auxquels aujourd’hui je tente de participer. J’ai pourtant l’impression qu’on aurait encore beaucoup à se dire. Mais toi tu n’oses pas devant ma froideur rébarbative (que pourtant pour l’heure je parviens à adoucir), et moi avec au cœur la volonté de te punir car t’approcher ravive en moi le souvenir de la blessure. Nous nous racontons des histoires sans paroles. Séparés ensuite, chacun dans son wagon, que fais-tu ? J’écoute en moi le silence qui fait débat.

 

65 Qu’il est dur à accepter l’abandon brutal. Trois cents jours plus tard, nouvelle rencontre ; deux minutes      . De ma part quelques mots acides. Elle « bonjour » « bonjour, plus de bisous ? » « J’ai la crève » «  quand elle sera passée, on pourra s’en faire au moins deux » (je la ramène ainsi au niveau de n’importe qui). Elle portait un manteau qu’elle mettait l’hiver de notre rencontre. Moi «  il ne manque que les petits écureuils pour retrouver la tenue d’il y a deux ans ! »        Je m’éloigne. En descendant du train, je ne t’ai pas lancé un regard.

65bis   Est-ce parce que je n’ai pas eu une relation « normale » à mon père, drogué à l’alcool, ni à ma mère pour qui le sexe était tabou, que ne parviens pas à avoir une relation satisfaisante avec mes enfants ? La reproduction des schémas.

La beauté des femmes en général reste pour moi un mystère fascinant. 

66 Je crois que les douches de la vie commencent à m’éloigner de ce vécu d’amour. Vais-je rejoindre la foule des gens blasés et sans foi ? Peut-être que la trahison à l’amour opérée par Léna était-elle simplement inscrite dans l’ordre des choses ?

 

67 Mars  Depuis deux jours la paix est faite. Tu as eu un geste vers moi, ce que j’attendais. On a voyagé ensemble. Je sens entre nous quelque chose comme l’ancienne complicité, ton besoin de contact, peut-être même de contact avec moi, mais aussi une persistance cependant un peu hésitante dans ton choix. Tu « espères » que notre histoire est quelque chose de passé et d’enterré. La veille à une question visant à connaître la certitude de ta décision, tu as répondu «  je ne sais pas ». Je t’ai dit tout ce que cela a cassé en moi. Je n’arrive pas à t’en vouloir.   Je crois que je ne voyagerai plus avec toi si ce n’est seul. Il nous faut au moins une vraie communication. La balle est dans ton camp : te voilà dans l’incertitude d’agir.

68  Le printemps n’est pas loin et ma vieille obsession me taraude. Homme, je vois dans la beauté des femmes tout ce qui fait ma complétude. Je vénère donc cet être qui pour moi est tout et me heurte à ce paradoxe ; la femme elle aussi est partielle et sans l’homme se sent un être incomplet. Elle peut aussi avoir tendance à diviniser son manque et à croire que lui, par opposition, est complet. Je n’en sors pas. Comment un « tout » peut-il en même temps être un «  pas tout », voire un presque rien aux moments de doute ? 
 

69 Contact par mail. Tu ne réponds jamais à l’essentiel, mais dérives à partir d’un détail ; peur de t’engager ?

 

70 Silence. Je n’arrive pas à accepter le « meurtre » que tu as commis. Je n’ai pas dit l’ « assassinat ». Quand je te vois, j’hésite entre les deux bisous (un peu méchants, te ramenant au niveau de n’importe qui) et les « quatre ou rien », selon l’humeur. Aujourd’hui je penche pour la seconde solution, avec bisous.

 

71 Je poursuis seul ce dialogue avec toi parce que tu as « brutalissimement » interrompu il y a onze mois le vrai dialogue, le dialogue total et je ne peux me résoudre à l’admettre.

 

72 Rencontre par semi hasard seul à seul. «  ..Mais le passé ne perd pas sa valeur en cessant d’être le présent. En fait il est plus important parce qu’il est devenu invisible pour toujours. » Salman Rushdie La Terre sous ses pieds

 

Ces mots très simples que tu répètes : « je ne voudrais pas qu’il t’arrive du mal ou que quelqu’un dise du mal de toi. » et qui traduisent l’affection que tu me gardes. J’ai toujours aimé ta simplicité et ta droiture. Bientôt l’anniversaire de ton départ. Je n’aime pas voir approcher ces échéances. Cela me donne l’impression que quelque chose se clôt. Je voudrais que tu attendes le 10 pour fêter l’anniversaire de « vous ». Je te l’ai dit et tu as répondu « je sais ». En fait je voudrais que le 9 soit pour « nous » deux un jour de deuil.

73 Extérieurement ça va à peu près. Je ne cherche plus que quelques instants de bonheur et parallèlement je suis effroyablement triste.

 

 

 74 J’espère que l’anniversaire passé je serai libéré. L’an dernier à pareille époque nous ne savions pas que le terme arrivait. Le deuil est bien long. Je suis dans le train, je revois la rivière et -hélas- je pense encore à toi. Qu’il était doux ce passé. Je sais par expérience qu’un temps qui fut vital peut mourir. J’aspire à cette paix et aussi à l’exaltation de l’amour. Pour l’heure le passé obstrue mon présent, ce qu’il en reste.

 

75 Avril    Anniversaire. Toi devant ma tristesse, à nouveau : « je n’aime pas te voir comme ça. ». Moi : « tu es partie avec ma gaieté » et plus tard, plus mordant après ton discours : « tu es obligée de me parler de ce type, il ne m’intéresse pas ? »

C’est toi qui m’as montré la rivière. J’ai répondu en citant Héraclite : « on ne se baigne jamais dans le même fleuve.

 

76 Grande agressivité de ma part. Il vaudrait mieux que je cesse toute tentative d’entrevue. En serais-je bientôt capable ? Sans le savoir ni le vouloir tu m’as utilisé comme une étape de ta vie, après tu n’avais plus besoin de moi.
 

77 L’anniversaire est passé. Je vais enfin peut-être m’engager dans l’après. J’avais fini par entrer dans cet amour après une longue lutte. En ayant été sorti, j’ai du mal à en sortir.

 

78 Trois semaines je me suis tenu à ma décision de ne plus écrire sur toi : à présent je craque, j’aime trop écrire et pour l’instant il me semble que je ne peux écrire que sur toi. La force d’un amour comme celui qui a été le nôtre me manque. Je suis dans le train. Nos amours furent en grande partie ferroviaires. Une amie m’a dit que si tu es partie, c’est parce que tu n’étais pas pour moi. Probablement, même si je ne veux pas l’admettre. Avec toi j’ai eu la simplicité et la droiture. C’est dur de se casser la gueule une fois encore. Auras- tu à nouveau un jour envie de me parler vraiment ?

79 Fin mai       Voici huit jours que je t’ai envoyé mes textes sur nous avant la rupture, tes textes, nos textes. Bien sûr pas de réaction. Hier cependant un plus que bref « bonjour » à semi distance. Aucun de nous ne voulait prolonger.

 

80  Entrevue brève sur ce quai de gare où nous prenons le même train. Comme nous convergions je t’ai d’abord ignorée puis dépassée. C’est toi qui es ensuite venue jusqu’à moi et as voulu me faire les 4 bises. Malgré ma froideur, mon animosité je n’ai pas eu le cœur de refuser. Devant mes répliques courtes et glacées tu as soupiré. Plus tard dans le train, loin de toi, résister à l’envie d’aller te chercher pour prendre un café. Qu’as-tu fait de notre relation ? Un néant lourd  de l’empreinte en creux de nos non-dits. La plénitude pour toi - si elle est - est à présent ailleurs. Ce petit signe de la main que tu m’as fait de la fenêtre d’étage du train où tu surveillais ma descente quand mon regard, attiré, passait sur toi. J’ai bien sûr fini par répondre, contre mon gré. Quel gâchis !

 

81 Lu d’Eric Neuhoff in «Un bien fou » : Il  est relativement facile de pardonner, il suffit que l’objet du délit ne soit pas la confiance que vous portez au genre humain ou du moins à l’un de ses représentants… 

 

82    Dans le train où je me croyais à l’abri, à cette heure, devisant avec une de tes connaissances avec qui tu es en froid, soudain, à une gare inattendue, tu es venue jusqu’à nous et as pris place à côté de nous. Je te tournais le dos et ne t’ai pas vue arriver. Je me glace, essaie d’éviter ton approche pour me faire la bise – nos quatre bises – en levant la main. Te voilà interloquée, avec un témoin entre nous. Alors par charité je m’approche, une bise et je me rassoie. Te revoilà sidérée. Ensuite quarante minutes durant je tente de ne pas te regarder et y parviens. Je ne peux littéralement plus te voir tellement la pensée de ta trahison me met en fureur. Je lis, j’essaie, je n’écoute plus rien, ne participe pas aux conversations, me sens dans le malaise. A l’endroit où je devais descendre, inhabituellement trois stations avant la « nôtre », je peux enfin et brutalement partir, à votre étonnement, avec pour seuls mots « je suis arrivé ».

Je croise tes yeux étonnés, je suis de marbre, la colère m’étrangle, je souffre. Vite écrire tout ceci pour lever la tension. Et malgré tout dans ce train je te trouvais bien belle. Même involontairement je dois te faire payer cette souffrance que tu m’infliges. J’espère que cette rencontre aura aussi troublé ta sérénité. Il nous resterait alors cela en commun. Encore, encore cette pensée « pourquoi m’as-tu abandonné ? » Pourquoi as-tu trahi l’amour au nom de la passion ? L’amour doit-il ainsi générer la trahison ?

83  Le lendemain. Après l’orage enfin un début d’explication. Ma colère s’est fait jour ce matin sur le quai en une sorte de malédiction «  j’espère que vous passerez par où vous m’avez fait passer ! » Plus tard ton appel, enfin cette forme de reconnaissance minimale. Tu commences seulement à réaliser le mal que tu m’as fait, essaies de me montrer ce qui doit être au moins de l’affection par des propos maladroits qui me touchent. Le souhait que je ne t’ignore pas, qu’on reste amis.

Ecrasante la responsabilité que je te laisse : «  tu as fait en sorte que jusqu’à présent je ne puisse plus aimer personne. Je t’en veux pour cela, énormément ». Assourdissant ton silence. Puis tes tentatives d’explication partielles. J’aurais dû montrer l’amour pour toi (auquel j’avais laborieusement fini par parvenir) autrement que dans mes poèmes. Peut-être. Et cependant ton attachement à moi n’avait nullement décru sur la fin. Incohérent. Je n’accepte pas ce que tu m’as fait. Mon aveu : oui j’ai mal, je dois te faire mal. Je ne peux pas faire autrement, mais contrairement à ce que tu penses, je ne vais pas calculer quels sont les points où je peux t’atteindre le plus. A demi ingénus tes espoirs dans l’effet du temps, ton incitation à me tourner vers l’avenir. Tu ne sais pas si c’est bon que l’on se voie pour un déjeuner ou un café. A la fin ta demande de gros bisou, que j’accepte de te donner. Tu as compris que je souhaitais que même pour des échanges anodins ce soit toi qui viennes vers moi. Après ce que tu m’as fait. Maladroits encore tes souhaits de bon week-end après que j’ai ce matin refusé ceux de bonne journée. « Depuis ton truc, il n’y a plus pour moi de bonne journée »
J’étais le second, je suis devenu maintenant le deuxième homme de ta vie, celui qui t’a appris l’amour, à qui tu n’as laissé que le désamour, la fêlure.

 

84   Juin   Dans mon train de retour, à présent et depuis très longtemps sans toi, je viens d’apercevoir le double coude de le « rivière ».Une apparente inamovibilité. J’ai envie de dormir, peut-être pour ne pas penser à la monotonie de la vie depuis lors. Endormir l’ennui, la morosité. Sans doute encore t’aimer. Quitté en trois jours, en plein amour ! Il y a près de quatorze moi. Après un an et demi. J’en ai été renversé. Je ne me suis pas encore relevé.

 

85 Juillet    Face à la mer. Repos. 10h30, les plagistes sont à présent arrivés ; il va être temps de quitter le lieu devenant bruyant. Agrément de venir tôt le matin avant eux et aussi le soir, à leur départ.

Sentir en moi les nets progrès de la convalescence avancée ; percevoir la caresse du soleil sur la peau ou la fraîcheur de l’eau ; renaître aux sensations.

Hier soir sourire au sourire immédiat d’une étrangère alors que, grave, je la dévisageais au restaurant, tentant une nouvelle fois de percer le mystère de la beauté d’un visage de femme. Apprécier de même quelques silhouettes de femmes. Guérir.

86…Décidément ça ne passe pas bien. Plus de quinze moi après la trahison je reste amer et désabusé. Je suis en deuil de la joie et de la légèreté. Devant moi l’incertain, Derrière, ces mois et ces mois de marasme. Et bien loin, mon ancienne joie, insouciante, pleine. Sais-tu seulement cela, cela que tu as provoqué ? Qu’en as-tu  à faire du reste. Je t’en voudrais encore longtemps Je souhaite que tu connaisses toi aussi cet abandon. Alors tu repenseras à ce que tu m’as fait.

 

87 Je repars dans deux jours vers la mer, le soleil. Vite profiter de cet été et surtout ne plus penser, comme je suis maintenant parfois capable de faire. Dans ce train à l’arrêt, tous ces gens. La plupart silencieux, les yeux dans leurs pensées. Autant d’univers enfermés dans ces enveloppes charnelles contingentes. Pour certains le « plus » apparent de la beauté. Un pas de plus vers la tentation de l’oubli de l’humaine condition. D’autres bavardent, concentrant dans ces mots le présent d’une existence.
 

89 Voilà, j’ai plus de 50 ans et aujourd’hui presque le besoin d’aborder un sujet tabou. Après avoir connu dans la deuxième moitié de la quarantaine une recrudescence de mon activité et potentialité sexuelles, j’ai depuis l’impression de traverser un lent, très lent déclin. Cela accompagne constamment mon existence comme petite, toute petite préoccupation. Sont-ce là les premières manifestations du vieillissement ? Simplement l’impression de n’être plus comme avant, de ne plus démarrer au quart de tour. L’impuissance programmée ? En tout cas l’impuissance à y changer quoi que ce soit. Sentir parfois son sexe pendouiller entre ses cuisses. J’ai du mal à m’y faire. Et concomitante la question : qu’as-tu fait de ta vie ?

 

90 Je n’ai pas su ou pu agréger autour de moi les quelques amis fidèles (1 ou 2) ou plutôt fidèles et ayant besoin du contact pour retremper l’amitié. Les miens se contentent de relations très épisodiques.

Cela fait que, comme chacun, mais avec une extrême conscience je suis seul. Je me suis très éloigné aussi de mes enfants, le regrettant mais n’ayant jamais su comment m’y prendre. J’ai été réduit à vivre vraiment dans les seules fulgurances de l’amour, suivies de leur lot de déceptions.

 

91 Je suis à présent pétri du sens de la relativité qui fait vivre dans la désillusion. J’ai vu comment une personne qui m’aimait m’a abandonné en trois jours, succombant à un amour fou auquel se mêlait le retour du passé, la nostalgie de l’adolescence chez cette personne d’âge mûr. La mort de mon dernier rêve.  

 

92 Dernier jour de plage. Avant ce n’était pas mon style. A présent j’y trouve, à doses modérées- une heure, une heure et demie matin et soir- avant l’afflux, quelque plaisir. Surtout celui du soleil sur la peau nue. Cela donne une petite densité à l’instant, c’est à dire un peu de sens. Certes ce n’est pas le sens, celui que donne l’amour, mais il est déjà appréciable et plus fiable. Aisé à retrouver. 

 

93  16 mois ont passé depuis que tu m’as quitté et je suis toujours là à les compter. Combien de temps encore ? Quand seras-tu remplacée ?

Je ne parle pas de ma relation avec mon amie actuelle. Elle a la sagesse d’investir aussi peu que moi. Plus de deux mois déjà que nous n’avons pas eu de vraie conversation. Je voudrais que tu prennes enfin l’initiative de me contacter à nouveau et pourquoi pas à ma nouvelle adresse que tu as depuis six semaines. Moi je voudrais le faire, mais je résiste, depuis longtemps. Tu m’as largué. D’une part je ne veux pas donner l’impression que je te harcèle, d’autre part je suis blessé d’avoir été ainsi déposé, en plein amour, si soudainement que mon orgueil m’interdit d’aller te rechercher ? Du moins sans un signe d’encouragement. D’ailleurs quelle relation pourrions nous avoir si tu persistes dans ton choix ? Tu voulais que nous soyons amis. Je ne t’ai pas choisie comme telle. Depuis ton départ je constate que ma relation aux femmes est changée, méfiante, glacée. Je ne veux plus souffrir comme ça.  La solitude est difficile à vivre. Même le chat n’est plus là. Ma fille l’a repris.

 

Dans trois jours tu fêteras tes 50 ans. Je crois que tu auras une pensée pour moi. Comme tu dis, tu me dois beaucoup de choses, et même ton bonheur actuel, si tant est que tu vives le bonheur, un bonheur. (J’ai écrit tout ceci avec le stylo que tu m’as donné quand au début j’écrivais des poèmes pour toi) 

 

94 Un dimanche de solitude. Le soir, après une promenade à notre lac, à notre endroit, j’ai fait tes numéros de téléphone (trois… si tu lisais, tu comprendrais) Au deuxième je t’ai entendue- un mot : allô ?- immédiatement j’ai raccroché.  Allons, vite tâcher de me ressaisir.

 

95 Je poursuis, bêtement sans doute, mon dialogue monologue solitaire, fruit de ma solitude.  Demain tu auras cinquante ans. J’aurais désiré franchir cette étape avec toi.( Je venais d’avoir cet âge quand je t’ai rencontrée. ) Tu ne l’as pas voulu. Tu ne m’as pas souhaité mon dernier anniversaire. Je devrais en faire autant. Je présume néanmoins que nous penserons quand même l’un à l’autre. Oui, même toi. Enfin, j’espère.

 

96 Toujours le silence total. Je viens de relire presque la totalité de ce que j’ai écrit sur toi depuis ton départ. Je ne l’avais jamais fait. Je suis persuadé qu’un jour tu reviendras, au moins pour me parler. A moins que je craque avant et aille vers toi. Je ne sais pas si cela aura lieu.

 

97 Je viens de réaliser avec satisfaction qu’après N. j’ai écrit douze mois pour elle et encore quasiment pas le trois premiers. Cela fait seize mois et demi que j’écris sur toi.

 

98 Me revoilà dans ce qui était mon train avant le déménagement, ce qui longtemps a été notre train.  Peut-être y es-tu ? Si oui, une voiture plus loin. J’évite…mais à moitié. Ma présence est un demi hasard. C’est curieux mais j’ai encore fait un rêve dont je me souviens. Il m’a réveillé juste avant minuit. Avant que s’achève ce cinq centième jour suivant ta décision. Tu me revenais et cela dans la partie consciente dont j’ai le souvenir se manifestait sensuellement, sexuellement. La force des images m’a tiré du sommeil. Prémonition ou illusion. ? Finalement ce n’est pas si étrange, je pense tellement à ce qui fut notre histoire que tu viens me hanter, même si j’ai très, très rarement mémoire d’un rêve.

Et toi, A., ma confidente. Au jour décisif d’avril tu as prié pour moi. Pourquoi m’a-t-il, LUI aussi, laissé tomber ? Le salut dans la chute ? Ça ressemble à une blague. Depuis des mois mon tourment : je ne comprends pas. La raison. Aimer à perdre la raison.

Bien sûr tu étais là à la descente du train, à la fenêtre du dernier wagon, seule, surveillant semble-t-il de l’étage la descente des passagers. Nos regards, prolongés…(c’est moi qui ai fini par baisser les yeux… pour prendre l’escalier.) à distance, sans sourire ni geste, sans mot possible ou voulu. Poignant. Première vision depuis un mois et demi. Tu sais que je ne suis pas mort, physiquement. Quelles sont tes pensées lors de ces « rencontres » ?

 


99  Tu étais la simplicité et la droiture. Tu me valorisais aussi car je t’apprenais tout. J’étais ton professeur. Et puis est venu -brutal- le coup de tonnerre dans ma sérénité et mon bonheur. Et pourtant tu m’aimais…croyais-tu.

100 Septembre   Toi que j’ai relancée aujourd’hui par mail, qui m’as rappelé et à qui j’ai dit mon mal être. Qui m’as rappelé encore pour que nous déjeunions ensemble, première fois depuis 16 mois et demi. Qui a fini une fois encore par ta simple présence par réveiller mon corps qui n’y croyait plus, toi avec qui la complicité est revenue, toi qui veut rester avec mon successeur mais dont le corps ne suit pas à 100% quand l’esprit me dit non, toi qui essayais de fuir et dont j’ai pu quand même toucher les cheveux, le front, la joue. Toi à qui j’ai volé un bisou chaste sur un coin de lèvre. Etais-tu vraiment rebelle ? Toi que j’aime encore et à qui je l’ai dit, t’extorquant aussi l’aveu que cela te faisait plaisir ; toi que j’ai embrassée sur le front après avoir saisi ta main récalcitrante juste avant de m’éloigner sans me retourner, le cœur en fête.

Et pourtant je ne dois surtout pas croire que c’est gagné, que tu me reviens. Simplement une telle rencontre et surtout si elle se reproduit de ton fait - et je sais que tu seras tentée - est de nature à t’ébranler. Ce soir, alors que j’écris ce compte rendu, je sais que toi aussi tu repenses à moi et même à nous, au moins au nous passé, peut-être même sous SA caresse. 

Ce qui fut nous est immortel, j'entends indestructible, et peut-être même nous survivra-t-il.

 

101 Il faudrait que je cesse d’écrire sur toi, pour toi, à toi et donc de vivre ainsi avec toi, toi qui a choisi de vivre sans moi. Et bien sûr, devant le vide, je n’y arrive pas.

 

102 Dix sept mois et une semaine que tu m’as arraché au bonheur. Longtemps que je vis séparé de mon ex- épouse. Une amie de cœur ou plutôt de corps pendant les dix premiers, vraisemblablement en partie pour tromper la solitude. A présent elle est là et j’apprends à vivre avec elle. J’ai la cinquantaine bien entamée et après la montée, le plateau, je suis sur le troisième versant de la vie, le début de la descente. Alors on se met à réfléchir au sens. Je crois que c’en est fait de l’insouciance. A mon âge il était temps   .

Il te reste à peine une semaine de vacances en Turquie avec l’autre. Nous, nous n’en avons jamais eues. Dommage. Tu ne serais peut-être pas partie. Tu vas sans doute reprendre contact avec moi. Sais-tu au moins quelles sont tes intentions exactes ? Moi je te revois    avec la nostalgie de ce qui a été et dont je refuse la disparition. Et toi ? Tu as avoué ne pas m’avoir oublié… Tu pensais à la richesse de notre relation.

 

103

 

J’ai lu il y quelques jours un article sur l’amour romantique disant à peu près : celui qui en est brutalement privé est voué à la folie et à la mort. Je les ai encore une fois côtoyés, j’en suis revenu, mais vide. ; ça ne vaut guère mieux. J’écris ici par hasard avec ton stylo et ce faisant j’assiste à un lever de soleil sur ce que j’appelais pour toi « la rivière ». J’ai la rage au cœur, résignée. Au delà de la déconvenue personnelle je suis cassé par le fait que tu aies pu sciemment, froidement mettre fin à ce qui était dans toute sa force notre amour. Comment croire à présent ? En quoi ? Je sais que je ressasse. Que faire d’autre devant le deuil de l’absolu ?

18h30 train de retour après l’agitation frénétique de la journée. J’en éprouve comme des crampes au cœur…les nerfs… me revoilà avec ma solitude. Quel contraste ! Fatalement je repense à toi, qui as trahi. Tu es en ce moment ma dernière belle histoire…inachevée. J’aurais pu construire avec toi. Je suis un peu zombifié. L ‘expérience me dit que ça peut repartir mais ces dix-sept mois et plus me paraissent bien longs. Je suis enceint, gravide de nostalgie. A quand la délivrance ? Entrevue cet après midi celle qui fut un an durant ta rivale spectrale. Vague signe de loin, formel ; en moi froideur totale à présent. Dérisoire. Et à gauche, par dessus mon épaule, dans sa permanence l’ex témoin de nos amours, la rivière.

 

104 C’est l’heure grave où dans le train mes pensées te reviennent. Tu te « tapes » en ce moment ton gigolo en Turquie. Voilà ma version. Peut-être es-tu selon toi ( ?) simplement amoureuse et aimée d ‘un homme.

Ce culte épistolier je le voue en fait, non à toi, mais à l’idée que je me fais de ce que fut notre relation, à la beauté de l’idéal. Même si c’est une fantasmagorie, la réalité et sa laideur ne tiennent de toute façon en regard pas la route.

105 Encore un voyage en train sans toi, avec toi en filigrane. … mes pensées, orientées, font que le présent n’est rien alors que dans une vie il n’y a dans les faits que le présent . Qu’est-ce qui vaut le plus : un présent sans valeur ou une valeur sans présent ? Pour moi le choix est clair mais en réalité je n’ai pas le choix. Deux jeunes filles en face de moi alimentent le mythe de l’éternelle beauté des femmes. D’autres les remplaceront et elles comme moi n’ont pas vraiment conscience de la non permanence. Moi d’avantage sans doute, l’âge venant, mais cette connaissance reste un peu abstraite, une simple construction intellectuelle. Je resterai peut-être toujours un gamin. Une troisième les a rejointes et me voici involontairement-volontairement attentif à leur babil sur les horaires des trains. Toute la vie est aussi dans ces échanges anodins en apparence. Elle est étrange, curieuse.

 

106 Pourquoi ce « coup de foudre », comme tu dis ? Pourquoi a-t-il fait que tu n’aies plus voulu de moi ? On était si bien ensemble. D’ailleurs tu n’attends qu’un geste de moi pour revenir me côtoyer, à l’insu de ton mec, en amie dis-tu. Je ne veux pas d’amitié et ne fais donc aucun geste … et j’en souffre aussi.

 

107 Ca y est. Tu le fréquentes depuis quasiment autant de temps que tu m’as fréquenté. C’est l’équinoxe. Puisses-tu réfléchir encore et faire pencher le fléau dans le bon sens. En réalité je n’y crois plus. Aujourd’hui je n’ai pu m’empêcher de reprendre le train d’autrefois. Un pèlerinage certes inutile, mais qui m’aide à vivre en me rappelant que ma vie pouvait avoir un sens.

 

 

108 Octobre   Logiquement il devrait me paraître indécent de poursuivre ce journal sur ce qui fut nous au delà de ce qu’a été la durée de notre relation. Dans cette optique il me reste deux ou trois jours, même si la dernière semaine de notre relation ce n’était déjà plus complètement nous. Vais-je ainsi t’abandonner comme toi tu l’as fait ? Je rumine encore ces pensées. A l’heure qu’il est je devrais me forcer pour ne plus t’écrire ces mots que tu liras un jour( ?)

 

109 Après ton appel téléphonique. D’abord tu n’es pas X., comme tu t’es présentée. Tu es Léna.

 

110 Je devrai t’envoyer tout ça au boulot et non chez toi tant qu’y habite l’usurpateur. Il souille la maison qui a aussi abrité notre amour. Je t’ai tant apporté, c’est toi qui l’as dit. Mon cœur t’avait choisie. Il ne veut pas mourir comme ça. Je n’ai plus d’amour, c’est à dire plus rien, je ne suis plus personne. Je n’arrive pas à oublier. Je vais reprendre les antidépresseurs pour ne plus penser à ce que tu m’as fait.

 

111… et réussir à vivre. Aujourd’hui juste 3 ans que je t’ai rencontrée. Un an et demi de bonheur, un an et demi de malheur. Ca suffit. On est quitte. Il faut que cette souffrance cesse pour que je n’en vienne pas à te détester.

 

112

ENTRE-EUX-VU

Toi, le quai,
Moi, le train.
Après ma dernière colère,
Vingt et cinq jours avant,
Te chercher du regard,
T’apercevoir.
Mon visage fermé pour te dévisager.
Tu me vois et souris,
Oui, souris…largement.
Involontairement ma main te salue…sobrement levée.
Je crois que seuls mes yeux ont répondu à ton sourire-lumière,
Préférant me désobéir.
Le train repart, je garde les yeux baissés.
En un instant la misère est revenue.

 

 

 

Je voudrais je crois, si tu ne veux revenir, qu’après le temps, après les ans, de toi-même, tu songes à me demander une nouvelle fois le pardon. Peut-être qu’alors seulement apaisé je pourrais le donner.

 

1  Novembre      Re-nouvembre   Comment faire pour que cette trahison à mes sentiments, qui m’a été infligée, ne me pourrisse plus le cœur et me laisse regarder l’avenir d’un œil confiant ? Je dois museler les pronoms de la deuxième personne qui affleurent sous ma plume. C’est vrai qu’au bout de tant de mois on peut se demander à quoi bon . La blessure est encore là et retarde probablement la guérison, qui ne peut venir que d’une rencontre. Je les attends l’une et l’autre. Puissent-elles venir vite pour que s’éloigne le spectre du renoncement, qui ne m’est pas naturel.


Et la rivière encore, entrevue cette fois dans la nuit du train qui fuit. Le jour se lèvera sur elle comme sur le fleuve d’Héraclite. Même et autre. Les initiatives prises récemment devraient me procurer cette nécessaire ouverture aux autres, à l’autre, un renouveau. Regarder les mêmes choses autrement, endiguer la sape de la mémoire. Se consacrer au présent et donc provisoirement cesser d’écrire si je ne peux en changer la matière.

 

2  Non, car c’est une partie de ma joie et donc de ma VIE. Hier soir déjà recommencer à rêver en répondant à quelques annonces, déjà curieux d’une éventuelle réponse, même impatient. C’est l’espoir qui balbutie. Orienter ce journal autrement. Réveiller la foi.

 

3 Depuis quatre jours    des contacts par Internet avec des inconnues et ça frémit    à nouveau. L’une d’elles de par ses écrits me    trotte dans la tête et je n’arrive plus à me    concentrer suffisamment pour lire. Je commence à me    reconnaître, « indécrottable »,    pour ne pas employer un autre mot qui a eu son temps.

   

 

       

4  Décembre    Devoir admettre après 600 jours que cette « trahison »    me taraude encore. Hier j’ai essayé de renouer avec un    ancien amour, rencontré il y a près de trente ans. Je    ne crois pas que le contact sera rétabli. Le vide de mon    présent me renvoie aux « splendeurs »    du passé. A moins que ce ne soit l’approche du troisième    âge ? Un retour nostalgique sur soi.

   

 

       

5 Plusieurs semaines    que j’essaie les rencontres sur Internet. Après    l’exaltation des débuts je suis obligé de    reconnaître que l’intérêt est plus limité    qu’il y paraît. On ne sait jamais, ne désespérons    pas, j’aurai peut-être une bonne surprise l’un de ces    jours. Peut-être même ce soir, pourquoi pas ?

 

6 Et bien non.

   

7 Janvier    Seul dans    le train au milieu des gens. C’est étrange d’être à    la fois semblable à ce que j’étais avec elle , des    pensées , des émotions, et de ne plus pouvoir le    partager tant qu’elle n’est pas remplacée. Garder par    nécessité tout pour soi. . Semblable et en même    temps différent sans que ce soit le produit d’un choix.    D’où l’obligation de confier cela à la page.    

   

 

       

8 La différence    entre les deux états s’appelle simplement bonheur. Presque    inconscient quand on le vit, tellement évident après.    La solitude aiguise l’acuité de la conscience, par exemple    de la certitude que tout est inane, dérisoire. Tout sera    remplacé auprès d’autres personnes qui se complairont involontairement et volontairement dans la même illusion de durée. Certitude de la totale impuissance face à    ce constat. Seule échappatoire : tenter d’habiller    convenablement une vie. Transformer en beauté, elle aussi    provisoire, le règne de l’Apparence. Privilège de    l’âge, qui donne une prescience accrue, à    l’approche, que l’on espère lente, du Terme.

   

 


       



9

Cette folie de m’être placé dans le train là où j’aurais pu l’apercevoir sur son quai. Le malaise qui s’est emparé de moi à l’approche de celui-ci et qui n’a cessé qu’après que je l’ai eu passé. Je la relègue difficilement à la troisième personne.



10

je suis allé hier à l'étang gelé qui resplendissait sous le soleil. Sur sa surface poudrée de neige des patineurs évoluaient en arabesques gracieuses rompues çà et là par une chute un peu lourde, évoquant un tableau de Breughel l’Ancien.

11       A l’instant entrevue dans la nuit tôt venue de janvier, la rivière, dans l’éclat orangé de quelques réverbères. Où est-il le temps sacré de l’émotion, de la vision partagée ?  Hier retour du livre Hommage envoyé à l’aimée précédente. Vanité de tout partage ? Inéluctable solitude.

 

12   Ce renvoi de mon livre par celle qui en fut l’héroïne ! Un échange acerbe entre elle et moi le lendemain. Des planètes totalement différentes. Chacun pense avoir été trahi par l’autre. Incommunicabilité des êtres, même après qu’a existé l’illusion de la fusion. Elle n’a su user de mes nouvelles coordonnées communiquées 6 mois plus tôt que pour des actes de guerre.

 

    

    13      J’ai aperçu Léna sur le quai, manteau long anthracite, longue écharpe rose et béret rose aussi, incliné mutin, assise près du gorille qui m’a succédé et qui avait la main posée sur ses genoux. Elle m’a vu et a détourné la tête. Le train repartait. Je ne regarderai plus le quai à cet endroit.

 

    

    14    Elle était (il me coûte énormément de ne pas dire  « tu ») étonnamment semblable physiquement à ce qu’elle fut lorsque nous partagions une partie de nos univers mentaux comme physiques. Cette envie et cette crainte mêlées de la chercher du regard quand je passe là, le serrement vers le cœur quand j’espère la voir et en même temps ne pas la voir. Hier le train filant devant un, deux, oui trois bancs vides, le soulagement commençait à vaincre ma tension intérieure lorsque…patatras, sur le dernier banc avant que le train s’engouffre dans le tunnel….       ......

Cette stabilité de l’image alors que nous ne sommes- hormis en esprit – plus rien l’un pour l’autre me perturbe

 

    

15      J’attends la « victoire » que représentera l’appel de Léna. Bientôt trois mois qu’elle n’a fait aucun geste déclaré vers moi. Moi depuis je lui ai envoyé trois courriers. Il ne me paraît pas possible qu’elle ne pense plus à moi (à nous ?) et que cela ne se traduise un jour par un geste. En attendant tâchons d’oublier le passé. Comme l’a dit Françoise Giroud  «  la vie c’est demain ». Curieuse formule car demain ce peut-être l’espoir de la vie d’hier. La vie c’est aujourd’hui.

    Depuis que je vis totalement seul, je n’ai plus envie de grand chose. Plu d’achats de vêtements ou de quoi que ce soit de festif, plus envie de sorties ? « Je ne m’aime plus depuis qu’elle ne m’aime plus. ».

    En milieu d’après-midi je me suis forcé à aller jeter un œil aux soldes avant leur fin. J’y ai pris goût et ai fait plein d’achats. Vouloir-vivre ? Disons plutôt que cela m’agace tellement de m’acheter des fringues qu’une fois lancé j’ai tout acheté d’un seul coup.

    Il y a plus de 4 mois Léna m’a dit qu’elle m’écrirait. J’attends toujours. Le silence lui est facile après que l’Autre m’a succédé, celui qui jamais ne me remplacera. Le soir, dans la salle d’attente de mon médecin, observant un jeune papa trentenaire avec ses deux petites filles admirables de mutinerie et de gentillesse, pour la première fois j’ai  eu envie d’être grand-père.

    

    16      Hier cette phrase à une amie, que je n’ai pu retenir : les souvenirs ça te bouffe, ça t’empêche de vivre.

 

17    Sa réponse : je ne crois pas, les bons comme les mauvais te font grandir.

    Depuis qu’elle est partie ma vie affective est insipide, comme souvent ma vie tout court.  Quel contraste avec l’intensité de tout quand je le faisais avec elle, repas à la sauvette, promenade dans Paris, trajets en train ; il suffisait que nous nous donnions la main et tout s’agençait, nécessaire. Même sans contact physique d’ailleurs. Il suffisait en fait de sa présence. Ce soir encore, la rage impuissante, l’écœurement d’avoir été trahi, contre toute attente    .

     

    

    18      La trahison fait partie de la vie, qu’on en soit la victime ou l’auteur. Sans doute la ressent-on davantage dans le premier cas.

Sinon on pense qu’on a évolué, qu’on ne pouvait rien faire d’autre et dans l’ensemble on garde plutôt bonne conscience. Et pendant ce temps l’autre peur se mourir, le plus souvent mentalement. Et tout ça  c’est la vie ordinaire.

 

19   « le bonheur c’est d’avoir quelqu’un à aimer  «  Stéphane Guibourgé  Le train fantôme

    Pourtant, à 16 heures je découvre son appel sur mon répondeur, pas de message, ça venait de son bureau. Je lui mets un courriel qui techniquement cafouille et elle m’appelle, malgré l’interdiction. Je n’ai pas le courage de la jeter.  Longue conversation, elle a apprécié mon livre et elle a pleuré en liant certains passages… Questions plus personnelles : elle reste avec son zozo, ne me revient pas. Sans élever la voix, je me fâche, lui souhaite l’explosion de son actuel bonheur. Vexation de sa part. Conflit. Je ne lui épargne rien. Elle assure que je n’entendrai plus parler d’elle, pas davantage par écrit. Pas même si elle venait à se séparer d’avec le successeur. Je souffre comme elle n’imagine pas. Entendre cela me fait souffrir, rester sans nouvelles est encore souffrance.

    Me réfugier dans l’oubli momentané que me procurera un manhattan. … le soir, malgré mon propre précepte de ne pas aller vers elle je lui envoie un deuxième courrier électronique pour lui dire mon mal : devant la souffrance il n’y a plus ni pudeur ni orgueil, aussi que je commence à comprendre mon père, qui buvait, même si je ne sais pas qu’elle était sa souffrance.

 

    

    20    Je ne peux que vouloir la fin de son bonheur sans moi. Bien qu’elle en ait appelé à la gentillesse, à la religion, je n’en ai rien à foutre. A moi le mal ils me l’ont fait. Je veux qu’elle sache ce que c’est. Je le lui ai dit. Elle ne comprend pas pourquoi je lui en veux, à lui, il n’aurait rien fait, ne savait pas. On ne peut en vouloir à quelqu’un qu’on aime encore. Quant à l’autre, le successeur, il a pris ma place. Voilà ce qu’il m’a fait ce gorille, ce bouffon, ce connard. Il a mis fin à mon bonheur ce salaud. Je n’ai plus que cette violence verbale. Je refuse son amitié à elle. Je n’accepterai jamais d’être rétrogradé.

 

    

    21    Hier soir j’ai appelé la malédiction sur leur amour. Question de justice. Je lui en ai fait part.

    

    22    Février    «  Nous traversons le présent les yeux bandés. Tout au plus pouvons nous pressentir et deviner ce que nous sommes en train de vivre. Plus tard seulement, quand s’est dénoué le bandeau et que nous examinons le passé, nous nous rendons compte de ce que nous avons vécu et nous en comprenons le sens. » Milan Kundera  Risibles amours. 

Ce matin sur le net je tombe sur l’annonce époustouflante d’une femme à ma mesure, tellement absolue que j’en suis effrayé, moi qui selon une amie dois effrayer les femmes par les mêmes exigences. Je lui ai répondu, deux fois même, on verra bien.

     

    

    23    On n’a rien vu.

 

    

24   Si je reviens sur la relation que j’ai eue avec elle, je crois qu’inconsciemment la supériorité qu’elle me trouvait me confortait dans un sentiment de sécurité total. J’étais peut-être plus cultivé qu’elle, plus expérimenté sexuellement et au moins au début moins amoureux. Tout pour me sentir en position de force. Même si ma nature n’est pas de me flatter de mes avantages, inconsciemment je m’offrais le luxe de me mettre à sa portée, sincère et à la fois non-sincère donc dans ma modestie naturelle. Son départ brutal et inattendu alors que j’en étais devenu amoureux fou a été un choc terrible. Près de deux ans après je ne m’en remets toujours pas. Je n’ai plus mes repères.

 

    

25   Finalement pour m’abandonner comme elle l’a fait, c’est surtout le sexe qui l’intéressait.

 

26    Eh oui, comme je l’ai dit, la dernière année du siècle aura été notre année, la seule que nous ayons passée entièrement ensemble si l’on peut dire car mariés encore l’un et l’autre et donc  non-libres, contraints. Une fin de siècle en apothéose qui se prolongea au tout début du nouveau millénaire que nous entamâmes ensemble dans la douceur et l’amour.     Relisant je m’aperçois du retour abusif de la première personne du pluriel : en fait j’ai  abordé le nouveau siècle avec elle. Voilà ce que j’aurais dû écrire.

    

27   Mars  Cette rencontre avant-hier avec D., une femme avec qui je correspondais depuis 15 jours sur le net, et qui virtuellement, sans photo, à sa préférence, avait beaucoup rêvé sur moi. Soirée agréable, moi en confiance mais pas amoureux au premier regard, certes. Des confidences de part et d’autre. Beaucoup trop de moi, incorrigible. Elle pourtant enjouée, assez à l’aise, et puis le désir, les quelques caresses dans la voiture, ce qu’elle m’a dit le lendemain ne pas avoir aimé malgré l’envie omniprésente tous les jours de se faire sauter, d’où son renoncement. Peur de s’engager avec quelqu’un ayant un vécu et un paysage intérieur beaucoup trop proches des siens.

    Moi très surpris de cette réaction ai immédiatement relancé M., un autre contact de l’Internet.

 

28  De la fenêtre du train d’où, fasciné je guettais l’endroit où je pouvais apercevoir Léna la traîtresse, la voir penchée vers le connard, manteau gris moyen et foulard bleu azur, cheveux souples, animée dans le discours , et au même instant fulgurante, mais pour peu de temps, la douleur . Elle, ne m’a pas vu.

 

    

29    Ce jour mon entrevue avec M.

 

    

30      Premier avril :               FIN

 

 

 

 

Contact avec l’auteur :   monilet@wanadoo.fr

 

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